Si je réalisais

macadam_rone

Rone, Macadam, 2012

tout ce qui se passe,

j’aurais mal au crâne.

Je ne sais pas ce qui est préférable,

si réaliser ou pas.

Quand je me pose la question,

c’est déjà trop tard.

Comme le début de la fin de l’enfance,

comme le premier verre

qui s’échappe des mains

et se brise,

en un instant,

en étant tout seul,

laissant ce je-ne-sais-quoi

de grinçant,

d’éraflure,

dans sa chute,

ces hasardeux éclats

où commence l’avant

et après ce n’est plus jamais pareil,

et on ne sait pas quoi faire

parce que c’est la première fois.

Lire la suite

Si me diera cuenta

traffic-332857_960_720

Si me diera cuenta de todo lo que pasa,

me dolería la cabeza.

No sé qué es preferible,

si darse cuenta o no.

Cuando me hago la pregunta,

ya es demasiado tarde,

como el final de la infancia,

como el primer vaso roto,

que no sabes por qué te arde

su caída,

su estallido,

cuando nace lo de antes

y después ya nunca es lo mismo.

Coucou, ma fille

image-1.-blutch.-sans-titre.-2010.-c2a9-dargaud

Blutch. Sans titre. 2010. © Dargaud

« Hijo de tigre, pintito ».

Dicton Populaire

Un jour, au retour du travail du cyber-café et sur le chemin vers chez elle à Texcoco, Mexique, Ila a croisé, au coin de la rue, son père qu’elle avait enterré deux ans plus tôt. Son portable est tombé par terre et il s’est brisé. Elle était en train de répondre à Clara, concernant son copain macho, qu’elle lui conseillait de quitt…

– N’aies pas peur, Ila. C’est bien moi, ton père, je ne suis pas mort, lui dit-il en la tenant par l’avant bras. Elle se défend et crie :

– C’est quoi ce bordel ?, elle pleure à l’instant ; c’est quoi ce bordel ?, elle se tient la tête entre les mains et crie encore ; t’es qui, toi ? Mon père est mort ! T’es qui , toi ?, elle s’éloigne effrayée.

– C’est moi, Ila. Je ne suis pas mort, j’ai dû me cacher pendant tout ce temps. On voulait ma peau.

– Quoi ? Et moi, j’ai enterré qui alors ? Et j’ai pleuré la mort de qui ? C’est pas vrai, c’est pas vrai ! tu n’es pas là ! C’est pas vrai, c’est pas vrai ! J’ai vu les photos de ton corps criblé de balles, comme ça devait arriver quand tu traites avec les narcos et que tu es un flic corrompu et un mauvais père, comme toi ! Non, ce n’est pas vrai ; ce n’est pas vrai, tu n’es pas mon père !

– Ila, je ne pouvais rien te dire, sinon on vous aurait tué, toi et toute la famille. Tu sais qu’on est au Mexique, la vie ne vaut rien ici ! Tu niques les autres ou tu te fais niquer!

– Oui, et quand tu meurs tu niques tes proches quand t’es un mafieux. Des gens sont venus nous pointer avec des mitraillettes, notre seul tort était de t’avoir connu. Tu étais un truand ! Un sale voleur en uniforme ! C’est pour ça qu’on t’a tué ! Et tu n’avais rien à foutre de nous ! Quand est ce que tu m’as filé de l’argent ? Noooooon ! Tu venais que quand tu étais bourré et que tu te sentais coupable de m’avoir abandonnée avec les grand-parents après la mort de ma mère. Tu m’a sauvée, si tu veux, la vie avec toi aurait été un enfer, connard ! T’es pas mon père ! Mon père est mort et je l’ai enterré ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! C’est pas vrai tout ça !

– Ila !, il la prend par le bras. Lire la suite

Baja esa matraca

 

gribouillis 1 pavel découpé

Serie del círculo #15, plumón y acuarela, papel A4, 2019 © Pável García 

Mis vacaciones de verano empezaban como desde hacía siete años por las mismas cuestiones de inmigración : o sin tiempo o sin dinero. En este caso era más el primero que el segundo, al menos en lo inmediato. Nunca había podido hacer planes más allá de un par de meses. Estaba trabajando como recepcionista de noche en un hotel tres estrellas con ambición de una cuarta en el barrio de la Opera Garnier desde hacía dos meses.

En ese medio no hay fines de semana y no se pueden pedir días cuando se acaba de llegar. Normal. En total, logré partir cinco días, durante una semana en que trabajaba sólo dos noches, pero implicaba irme directo después del trabajo, a las ocho de la mañana para agarrar un tren y llegar a las once a setecientos kilómetros al sur, casi hasta la playa.

Los TGV son maravillosos, silenciosos y cómodos, los franceses saben de eso, me gustan casi tanto como sus quesos, pero menos que su vino, mirando por la ventana mientras se atraviesa Francia a trescientos kilómetros por hora.

– ¿A dónde vas tan floreado y sin dormir?, preguntó mi colega Charlotte que tomaba el turno matutino y que se había levantado tarde de la cama y llegaba sin maquillar.

Charlotte me caía bien, tenía una forma de ser desenvuelta y a la vez discreta, una voz suave y una plática fácil. En los servicios, los cambios de turno pueden ser incómodos o agradables. Con ella era el segundo caso.

– A mi ciudad adoptiva, a Marsella.

– Y ¿por qué es tu ciudad adoptiva?

– Porque desde el primer viaje de una semana que hice, encontré muchas amistades durables, supongo que es el mar, una vez que te metiste, ya te bautizó y la ciudad te abre las puertas, las de las cosas sencillas y bellas.

– ¿Estás borracho?

– No, cuando no duermes por la noche, uno se pone poético o melodramático al salir.

– Ya sabes que a mí me da igual, pero mejor no te pongas poético cuando esté la jefa. Diviértete y nos vemos en cinco días a la misma hora.

Es decir que no debería haber tenido vacaciones, puesto que estaba tan jodido, pero si no se sale del monstruo de la ciudad que te trata de comer, se puede acabar muy mal. Con las noches en el hotel, había que tener cuidado. Lire la suite

Trente fleurs chinoises

236

Du haut de mes trente fleurs,

je m’assois sur le trottoir,

près du caniveau

et je m’en fous.

Du haut de ma robe

et mes basquettes bariolées,

mal assorties,

à ce qu’on dit.

Je suis chinoise,

mais je n’ai plus de pays,

il ne me reste que le passeport

dans ma poche,

à midi,

à la Courneuve Lire la suite

Des chiens sur les toits et des chats en carton

smallcite-des-enfants-logo2018

Quand j’ai commencé à en avoir assez de la question « et alors, le Mexique c’est comment ? », vu qu’elle revenait très souvent, j’ai cessé d’essayer de faire un vrai topo, mais je n’avais pas non plus envie de dire simplement « bien ».
Je partageais alors certains détails qui me venaient à l’esprit selon la conversation et qui m’amusaient, par exemple, la décoration porno-religieuse qui est très répandue chez les chauffeurs de bus, pour qui ce lieu mobile est leur maison. Le crucifix ou l’effigie à  l’avant, et le calendrier porno sur le côté gauche, du côté du cœur.
On ne peut jamais lire dans les transports en commun. La cumbia à fond et la conduite saccadée ne sont pas l’idéal pour la concentration. Par contre, les paroles des chansons, même si l’on veut pas, on s’en rappelle à vie.
Ou bien, le camion poubelle qui annonce son arrivée avec une grosse cloche et qu’il faut rattraper sinon il poursuit sa route et nous laisse avec nos déchets à la main, et devant rentrer avec jusqu’au prochain passage ou ramener soi-même à une décharge, qui n’est souvent qu’un terrain vague « autorisé » par la mairie.
Ou la fois où j’ai vu un chien errant traverser la route en empruntant le pont piéton, alors que les humains risquaient la peau en se faufilant entre les voitures, juste parce qu’ils avaient la flemme de monter les marches et qu’ils sont, pour la plupart, obèses dans ce pays.
Il arrive souvent, surtout en ville, que les gens mettent leur chien sur le toit. Lire la suite