Fleurs de moniato

On se disait bonjour depuis quelques mois, mais on avait à peine parlé. C’était le seul sans-abri de la petite rue où j’habite depuis peu dans le 9ème arrondissement de Paris. Il dort sous un petit toit d’une ancienne boucherie spécialisée dans les tripes et les volailles que personne n’a ouverte depuis des décennies et dont il ne reste que la façade peinte entièrement à la main, à la typologie du vieux Paris, annonçant les produits qui défilaient quotidiennement autrefois. Tous les soirs, il arme et démonte son camp sous ce petit abri pour attirer le moins possible l’attention du voisinage. La rue est spécialement calme pour la ville.

Je savais qu’il parlait castillan parce qu’avant moi, Lucas avait occupé cette chambre de bonne au sixième étage pendant plus d’un an et l’entendait jurer de temps en temps dans notre langue avec un fort accent espagnol et une voix de ténor maudit, « quand il perd la boule, c’est pas joli à entendre… Je ne voudrais pas être celui sur qui il crie », m’avait-il raconté. Il savait que je parlais espagnol, on se saluait dans notre langue depuis le début. Il a vu juste, je pense, ou alors il nous a entendus l’une des fois où j’ai rendu visite à Lucas.

Ce jour-là, j’avais oublié le concentré de tomate que m’avait demandé S. pour préparer un couscous avec les légumes que nous venions d’acheter au rabais dans un magasin bobo, qui vendait sur Internet ce qu’il ne parvenait pas à vendre sur place à un prix exorbitant, pour quelques sous via un smartphone. C’est pourquoi j’attendais à la porte du supermarché du coin avec la boîte pleine de légumes de saison dont n’importe quelle mère aurait été fière. Il ne manquait que les bières et la tomate.

Comment allez vous ?

– Bien, tout va bien, et vous ?

– Pareil, alors ? Vous avez un lapin à la maison ?

– Pourquoi ?

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Flores de moniato

Hace unos meses que nos saludábamos pero apenas habíamos hablado. Era el único vagabundo de la pequeña calle en la que vivo en el barrio nueve de París desde hace poco. Duerme bajo un pequeño techo de una antigua carnicería especializada en las tripas que nadie ha abierto en décadas y de la cual sólo queda la fachada anunciando los productos que alguna vez desfilaron cotidianamente. Todas las noches arma y desarma su campamento.

Sabía que hablaba y era español porque Lucas había ocupado aquella chambre de bonne en el sexto piso durante más de un año y lo oía maldecir de vez en cuando en nuestra lengua con un fuerte acento español y una voz de tenor maldito, “cuando se le va la olla, vaya boquita… No me gustaría ser aquel al que le grita”, me había contado.

Aquel día se me había olvidado el concentrado de jitomate que me había pedido S. para el cuscús que iba con la verdura que acabábamos de comprar por poca cosa en una tienda de hispters que vendía por internet lo que no lograba vender en su local a un precio exorbitante, por sólo unos euros a través de un smartphone. Por eso esperaba en la puerta del supermercado con la caja llena de tantas verduras de temporada por la cual cualquier madre hubiera estado orgullosa. Sólo faltaban las chelas y el jitomate.

– ¿Qué tal?

– Bien, todo bien, ¿y usted?

– Igualmente, ¿qué? ¿Tenéis un conejo en casa?

– ¿Por qué?

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Punica granatum

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¿Qué culpa tiene la granada de las miserias que los hombres nos inventamos? Ella tan turgente y estival y nosotros tan humanos. Vi una flor en el piso, desbordando por encima de la reja de una casa, un poco roja, un poco naranja, un poco sangre. Como cuando ves tu ser fluir por un catéter y que el suero va en sentido contrario, cuando no tienes suerte.

Montpellier, el verano. De niño, mi prima me enseñó que si se jala el pedúnculo, el estilo de desliza hasta el receptáculo y cuelga. Unos aretes maravillosos que nos poníamos antes de que lo que es ser mujer y hombre nos contaminaran y no lo pudiéramos hacer sin que los otros nos dijeran algo. Lo permitido y lo prohibido, las personas y lo que nos enseñaron sin que pudiéramos evitar sus palabras.

Recojo dos flores de la calle y odio hasta el tuétano a la persona que comparó al fruto con un arma. ¿Qué parte? La granada no pidió nada. Estaba ahí antes de que surgiéramos. ¿Es su forma redonda? ¿O sus granos que alguien pensó en cambiar por metal para matar? ¿O su color lleno de vida, agua, fibra y azúcar, que abre su piel para que los pájaros se la coman y se la lleven de viaje? Y ahí llegamos, recogiendo frutos, hambrientos, pero nuestra versión no tiene vuelo, no va a ninguna parte cuanto la encuentras, pero sí es roja. Es sabido, donde hay flor, hay fruto. Y donde estamos nosotros ¿qué hay? ¿Qué pensarán los pájaros de nosotros?

¿Qué culpa tiene la granada? Ves la planta y el fruto parece demasiado pesado para su tamaño y sin embargo, ahí está, a punto de estallar antes de que te la comas, colgando de su rama aparentemente frágil pero que la sostiene. Hay comparaciones que no deberían hacerse. ¿No es el lenguaje algo humano e infinito según nosotros mismos? Entonces ¿Por qué nos quedamos sin palabras y nombramos a la naturaleza para llamar a la muerte? No sé los demás, pero desde hoy la llamaré bomba, a nuestra cosa, me comeré el fruto y me pondré unos aretes, y que los Homo sapiens se hagan bolas. Yo me voy a Andalucía y ahí los dejo con su desmadre.

Garabatos / Gribouillis

Plumón y acuarela, A4; Feutre et aquarelle; Pável García, 2020

Así comienza esta rama, pronto habrá calcomanías y originales, y lo que surja en el camino. Nos vemos pronto por los muros y vidrios de la ciudad. Para los tiempos que corren, un nuevo alfabeto por crear.

Les mots étaient déjà là, maintenant ils prennent de la couleur: bientôt des auto-collants et des originaux et ce qui s’offrira à nous. Pour les temps qui courent, un nouvel alphabet à venir.

Graphisme: Hannah Sebal

Y mientras tanto, unos misisipis del gran Bejo:

et en attendant, quelques mississipis  de BEJO (english subtitles): Lire la suite

Bottes folles – Sui Generis – traduction

Le grand Charly García, icône argentine du rock’n’roll, avec son groupe Sui Generis, au début de sa carrière nous livre cette belle chanson de liberté et de refus de la guerre. C’était en 1974 et elle est toujours d’actualité. Voici ma traduction en sous-titres:

Botas locas, Sui Generis, 1974

Si je réalisais

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Rone, Macadam, 2012

tout ce qui se passe,

j’aurais mal au crâne.

Je ne sais pas ce qui est préférable:

réaliser ou pas.

Quand je me pose la question,

c’est déjà trop tard.

Comme le début de la fin de l’enfance,

comme le premier verre

qui s’échappe des mains

et se brise,

en un instant,

en étant tout seul,

laissant ce je-ne-sais-quoi

de grinçant,

d’éraflure,

dans sa chute,

ces hasardeux éclats

où commence l’avant

et après ce n’est plus jamais pareil,

et on ne sait pas quoi faire ou être

parce que c’est la première fois.

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Si me diera cuenta

traffic-332857_960_720de todo lo que pasa,

me dolería la cabeza.

No sé qué es preferible,

si darse cuenta o no.

Cuando me hago la pregunta,

ya es demasiado tarde,

como el final de la infancia,

como el primer vaso roto,

que no sabes por qué te arde

su caída,

su estallido,

cuando nace lo de antes

y después ya nunca es lo mismo.

Coucou, ma fille

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Blutch. Sans titre. 2010. © Dargaud

« Hijo de tigre, pintito ».

Dicton Populaire

Un jour, au retour du travail du cyber-café et sur le chemin vers chez elle à Texcoco, Mexique, Ila a croisé, au coin de la rue, son père qu’elle avait enterré deux ans plus tôt. Son portable est tombé par terre et il s’est brisé. Elle était en train de répondre à Clara, concernant son copain macho, qu’elle lui conseillait de quitt…

– N’aies pas peur, Ila. C’est bien moi, ton père, je ne suis pas mort, lui dit-il en la tenant par l’avant bras. Elle se défend et crie :

– C’est quoi ce bordel ?, elle pleure à l’instant ; c’est quoi ce bordel ?, elle se tient la tête entre les mains et crie encore ; t’es qui, toi ? Mon père est mort ! T’es qui , toi ?, elle s’éloigne effrayée.

– C’est moi, Ila. Je ne suis pas mort, j’ai dû me cacher pendant tout ce temps. On voulait ma peau.

– Quoi ? Et moi, j’ai enterré qui alors ? Et j’ai pleuré la mort de qui ? C’est pas vrai, c’est pas vrai ! tu n’es pas là ! C’est pas vrai, c’est pas vrai ! J’ai vu les photos de ton corps criblé de balles, comme ça devait arriver quand tu traites avec les narcos et que tu es un flic corrompu et un mauvais père, comme toi ! Non, ce n’est pas vrai ; ce n’est pas vrai, tu n’es pas mon père !

– Ila, je ne pouvais rien te dire, sinon on vous aurait tué, toi et toute la famille. Tu sais qu’on est au Mexique, la vie ne vaut rien ici ! Tu niques les autres ou tu te fais niquer!

– Oui, et quand tu meurs tu niques tes proches quand t’es un mafieux. Des gens sont venus nous pointer avec des mitraillettes, notre seul tort était de t’avoir connu. Tu étais un truand ! Un sale voleur en uniforme ! C’est pour ça qu’on t’a tué ! Et tu n’avais rien à foutre de nous ! Quand est ce que tu m’as filé de l’argent ? Noooooon ! Tu venais que quand tu étais bourré et que tu te sentais coupable de m’avoir abandonnée avec les grand-parents après la mort de ma mère. Tu m’a sauvée, si tu veux, la vie avec toi aurait été un enfer, connard ! T’es pas mon père ! Mon père est mort et je l’ai enterré ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! C’est pas vrai tout ça !

– Ila !, il la prend par le bras. Lire la suite

Baja esa matraca

 

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Serie del círculo #15, plumón y acuarela, papel A4, 2019 © Pável García 

Mis vacaciones de verano empezaban como desde hacía siete años por las mismas cuestiones de inmigración : o sin tiempo o sin dinero. En este caso era más el primero que el segundo, al menos en lo inmediato. Nunca había podido hacer planes más allá de un par de meses. Estaba trabajando como recepcionista de noche en un hotel tres estrellas con ambición de una cuarta en el barrio de la Opera Garnier desde hacía dos meses.

En ese medio no hay fines de semana y no se pueden pedir días cuando se acaba de llegar. Normal. En total, logré partir cinco días, durante una semana en que trabajaba sólo dos noches, pero implicaba irme directo después del trabajo, a las ocho de la mañana para agarrar un tren y llegar a las once a setecientos kilómetros al sur, casi hasta la playa.

Los TGV son maravillosos, silenciosos y cómodos, los franceses saben de eso, me gustan casi tanto como sus quesos, pero menos que su vino, mirando por la ventana mientras se atraviesa Francia a trescientos kilómetros por hora.

– ¿A dónde vas tan floreado y sin dormir?, preguntó mi colega Charlotte que tomaba el turno matutino y que se había levantado tarde de la cama y llegaba sin maquillar.

Charlotte me caía bien, tenía una forma de ser desenvuelta y a la vez discreta, una voz suave y una plática fácil. En los servicios, los cambios de turno pueden ser incómodos o agradables. Con ella era el segundo caso.

– A mi ciudad adoptiva, a Marsella.

– Y ¿por qué es tu ciudad adoptiva?

– Porque desde el primer viaje de una semana que hice, encontré muchas amistades durables, supongo que es el mar, una vez que te metiste, ya te bautizó y la ciudad te abre las puertas, las de las cosas sencillas y bellas.

– ¿Estás borracho?

– No, cuando no duermes por la noche, uno se pone poético o melodramático al salir.

– Ya sabes que a mí me da igual, pero mejor no te pongas poético cuando esté la jefa. Diviértete y nos vemos en cinco días a la misma hora.

Es decir que no debería haber tenido vacaciones, puesto que estaba tan jodido, pero si no se sale del monstruo de la ciudad que te trata de comer, se puede acabar muy mal. Con las noches en el hotel, había que tener cuidado. Lire la suite

Trente fleurs chinoises

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Du haut de mes trente fleurs,

je m’assois sur le trottoir,

près du caniveau

et je m’en fous.

Du haut de ma robe

et mes basquettes bariolées,

mal assorties,

à ce qu’on dit.

Je suis chinoise,

mais je n’ai plus de pays,

il ne me reste que le passeport

dans ma poche,

à midi,

à la Courneuve Lire la suite

Des chiens sur les toits et des chats en carton

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Quand j’ai commencé à en avoir assez de la question « et alors, le Mexique c’est comment ? », vu qu’elle revenait très souvent, j’ai cessé d’essayer de faire un vrai topo, mais je n’avais pas non plus envie de dire simplement « bien ».
Je partageais alors certains détails qui me venaient à l’esprit selon la conversation et qui m’amusaient, par exemple, la décoration porno-religieuse qui est très répandue chez les chauffeurs de bus, pour qui ce lieu mobile est leur maison. Le crucifix ou l’effigie à  l’avant, et le calendrier porno sur le côté gauche, du côté du cœur.
On ne peut jamais lire dans les transports en commun. La cumbia à fond et la conduite saccadée ne sont pas l’idéal pour la concentration. Par contre, les paroles des chansons, même si l’on veut pas, on s’en rappelle à vie.
Ou bien, le camion poubelle qui annonce son arrivée avec une grosse cloche et qu’il faut rattraper sinon il poursuit sa route et nous laisse avec nos déchets à la main, et devant rentrer avec jusqu’au prochain passage ou ramener soi-même à une décharge, qui n’est souvent qu’un terrain vague « autorisé » par la mairie.
Ou la fois où j’ai vu un chien errant traverser la route en empruntant le pont piéton, alors que les humains risquaient la peau en se faufilant entre les voitures, juste parce qu’ils avaient la flemme de monter les marches et qu’ils sont, pour la plupart, obèses dans ce pays.
Il arrive souvent, surtout en ville, que les gens mettent leur chien sur le toit. Lire la suite