Funambule végétal

El pequeño mono me mira...
¡Quisiera decirme
Algo que se le olvida!

Le petit singe me regarde...
Il voudrait me dire
quelque chose qu'il oublia!

José Juan Tablada, Bestiario, 1919

Se balader entre les arbres,

sur des fils de fer,

glisser sur des tyroliennes,

pendre en sécurité,

simulacre de vol,

que voulez-vous?

je ne suis un pas un oiseau,

je ressemble plus à un singe,

il faut que je m’accroche à quelque chose,

que je m’agrippe à la vie,

ce qui n’empêche pas

d’avoir le désir de voler,

de retrouver par le corps

ce que le songe

et la rêverie

demandent avec récurrence

à l’horizontal,

au lit

ou assis.

Les mousquetons me disaient

« tu es en sécurité »,

mais les yeux

voyant le vide sous mes pieds

criaient

« Vertige ! »,

la peau transpirait,

les poumons suivaient

le cœur, dans un rythme double.

Ce sont des grands enfants

qui ont inventé ces jeux,

et je les remercie,

heureusement qu’ils sont là,

eux qui ont pensé à une scelle,

à un hamac,

à de tas de singeries,

où l’on excelle par nature,

à des planches flottantes où l’on peut lâcher le fil de support

et dévernir funambule végétal

vagabond au milieu des feuilles,

comme autrefois dans nos gènes

qui doivent y être pour quelque chose

dans cette sensation jouissive de grimper aux arbres,

remplaçant le manque de pratique ancestrale

par quelques bricoles métalliques,

et le tour est joué,

jouet,

jouer,

jouir de l’instabilité,

de la peur de la mort,

se mordre les lèvres

et grimper encore,

les règles son claires,

« s’accrocher à la ligne de la vie d’abord »,

ce fil omniscient par sécurité

coloré en rouge,

puis on peut, si l’on veut, se pencher le dos en arrière

au bout des plate-formes

pour frimer un peu

avec les écureuils

qui regardent sans comprendre.

Et que dire à celui qui a trouvé le temps

dans sa vie, pour arriver à la conclusion,

qu’une tyrolienne qui part d’un arbre à vingt mètres du sol

et traverse un lac, était une bonne idée à mettre en œuvre

et a pris le temps de la rendre réelle,

pour nous faire voler

comme un hominidé, un peu accroché,

car on fait comme on peut.

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