Une séparation, un trampoline et une fée allemande

Je venais de gagner en légèreté. Je ne me suis rendu compte de cela jusqu’à ce que j’ai relevé la tête pour voir le visage d’un moi étranger et lourd. Ce n’était pas moi, celui-là, c’est ce que je me suis dit. Mais je savais que c’était moi, effacé, plongé dans un non lieu: ni en couple, ni célibataire, asexué, comme un embryon  mal développé qui ne pouvait pas se reproduire et se mettait de balles dans la tête tous les soirs pour oublier l’existence.

Au bout d’un an, j’ai réalisé qu’il n’était pas possible de se séparer sans se séparer, le verbe étant l’essence même de la phrase. Sans verbe, il n’y a pas d’action, tout comme il n’y a pas d’absence en présence de la personne qui devrait être absente. Des histoires de gens qui ont peur de se quitter mais qui ne peuvent plus être ensemble, je crois qu’on en a presque tous eu le droit

Tout ce charabia pseudo intellectuel pour dire que ça avait été compliqué mais j’ai survécu, ça va, comme on dit plus que souvent, sauf que cette fois-ci, c’était un vrai « ça va ».

Le relâchement final a été cet appel téléphonique via skype vers un portable-radio, de Paris à Mexico:

– Salut, j’avais pas eu le temps de répondre à tes courriers.

-ça va?

-Oui, tu voulais parler avec moi, non?

-Oui… (la famille, les amis, le Mexique, le boulot, un accident de voiture, l’actu politique, la crise, le retour de sa cousine d’Espagne, les cadeaux que je lui avait envoyé: les bières, les chaussures, la jupe, tout était bien arrivé. Des enveloppes et des enveloppes), et je voulais parler avec toi aussi parce que… Parce que je voulais te dire que je sors avec quelqu’un, voilà, je voulais que tu le saches.

-Je le savais déjà, tu me l’avais déjà dit dans le courrier « Moi bourrée ».

-Je sais, mais je voulais te le dire parce que… J’ai croisé ton frère la semaine dernière, et les potes. J’avais l’impression de te tromper.

-Mais tu sais que ce n’est pas vrai.

-Je sais, mais je voulais te le dire quand même.

-D’accord.

-Et, en plus, toi aussi tu dois déjà avoir eu plein d’histoires, tel que tu es…

-Là-dessus, tu te trompes. J’ai eu trois mois d’un célibat digne de n’importe quel moine.

-Je te crois pas.

-Ne me crois pas, ça ne change rien.

-Moi, j’ai pas eu du mal là-dessus, je croyais que j’allais avoir du mal, mais en fin de comptes je me suis rendue compte que non. Mais le problème ce n’est pas celui-là, mais que je me sens mal de sortir avec quelqu’un.

-Merci de me le faire savoir, à vrai dire je me le demandais vraiment, mais j’allais pas te poser des questions, de toute façon tu sais très bien que pour une meuf c’est plus simple de trouver un plan cul. Et pour ton mec, ce n’est pas moi qui va te donner des conseils.

-Et je t’ai déjà dit que je ne suis pas d’accord.

-Sur quoi ?

-Sur le fait que pour les meufs ce soit plus simple.

– Normal, parce que tu sais pas ce que c’est qu’être un mec. Je crois que j’ai regardé plus les meuf que toi les mecs. Fais-moi confiance, ce n’est pas la même chose et je viens de le confirmer à ce que tu me racontes.

-Beh, il faut que tu t’en trouves une.

-T’inquiète pas pour moi, je me branle.

C’est là que je me suis, pour de bon, séparé d’elle. Compliqué, certes, mais qui peut nommer une façon infaillible de dire à quelqu’un « je ne t’aime plus, ou pas comme tu en as besoin » ? Les jambes se sont désengourdies. Et c’est là que, comme dans un conte de fées, Johanna a fait son apparition, fille éphémère.

Trampoline, j’avais besoin d’un vrai trampoline pour rebondir avec l’élan de cette fille et de ma nouvelle apesanteur. Elle avait un copain, mais l’envol qu’elle m’a donné, non pas n’importe qui, mais une fée blonde et tendre, m’invitant à revivre. Non pas une muse, mais un bras qui te tend la bouée pour t’aider à t’aider toi-même, l’ensorcellement pour arrêter la destruction et lâcher la tristesse.

D’un autre côté, le fait qu’elle n’aille pas sortir avec moi, me soulage et me rappelle que je dois être préparé à être seul, ce que j’apprends de mieux en mieux, et surtout ne pas  arrêter d’écrire. Parce que la paix ce n’est pas être bien avec quelqu’un mais d’abord avec soi-même. J’avais besoin de moi, je m’avais oublié sur plein de formes, je ne regrette rien, mais il est temps de rebondir.

Le trampoline arrive par la poste la semaine prochaine et demain j’offrirai un bon repas à cette fille pour la remercier de m’avoir aider, bien qu’elle ne le sache pas. C’est la moindre des politesses.  Je savais que sauver un chamane était une affaire de fées.

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