Taxi BAC

Sube al taxi, nena,

los hombres te miran,

te quieren tomar

Monte dans le taxi, ma belle,

les hommes te regardent,

ils veulent te prendre

Spinetta, Cantata de puentes amarillos, Artaud (Pescado rabioso), 1971

Il est une heure du matin. Johanna a bien mis son réveil pour ne pas rater le rendez-vous du soir. Fraîche d’esprit et d’hiver, elle a marché d’un pas martial les cent vingt mètres qui la séparaient du métro. Elle était occupée pendant la semaine et ne prenait ce transport que lorsqu’elle faisait la fête. Elle a oublié la lunditude de la soirée et s’est retrouvée dans la rue.

Le taxi n’était pas une option financièrement convenable. Elle était responsable de la régie pour les amis qui l’attendaient. La solution la plus adéquate qui lui est venue à l’esprit a été de lever le doigt comme l’a fait Kerouac tant de fois. Sauf que Kerouac n’était pas une fille blonde en mini-jupe et manteau à Paris et il n’était pas allemand non plus.

Trois voitures ont défilé sans s’arrêter. La quatrième a répondu à l’appel :

  • Bonsoir, excusez-moi, vous pourriez m’emmener à Montmartre ? j’ai perdu le dernier métro et je dois y aller.

  • Vous demandez comme ça, a des inconnus, au milieu de la nuit de vous prendre dans leur voiture ?

  • Vous avez de la chance, a dit une deuxième voix en provenance du siège arrière, nous sommes de la BAC.

  • De la quoi ?

  • Des policiers, mademoiselle. Ce que vous faites est dangereux pour vous. Vous avez vraiment de la chance que ce soit nous et non pas quelqu’un d’autre.

  • Vous êtes des policiers ? Pourquoi vous n’avez pas d’uniforme ? Et la voiture ? Ce n’est pas une voiture de flic.

  • On ne dit pas « flic », mademoiselle, on dit « policier » ou « forces de l’ordre », mais pas ce mot là.

  • Désolée, je suis en Erasmus et c’est le mot que j’écoute partout.

  • Ça arrive, ça arrive. Voici nos pièces d’identité.

Elle s’est penchée vers la porte pour les lire.

  • Montez, on va vous emmener à Montmartre.

Elle n’a pas eu d’hésitation, c’était pile-poil ce qu’il lui fallait. Rares sont le fois où l’on trouve ce qu’on recherche au moment voulu. La porte arrière de la Clio XYZ grise s’est ouverte. L’intérieur était en faux cuir noir. La voix du deuxième policier a pris la forme d’un jeune costaud et grand, vêtu d’un jean et d’une veste noire en cuir. Il l’incita a monter en souriant :

  • Venez, je vais enlever les matraques, vous comprendrez, ça fait partie du métier… Voilà.

  • Bonsoir, ont salué à l’avant les deux autres qu’on aurait dit des copies de leur aimable collègue, avec des légères variantes niveau visage.

La voiture a démarre. Elle n’a pas entendu, prise par le début de conversation avec son voisin de siège, mais ceux de devant se demandaient à voix basse :

  • Tu penses que ça vaut la peine de mettre la sirène ? Ça nous arrive pas tous les jours. Ça ferait class’.

  • Je crois que le circuit s’est dessoudé. J’ai essayé de l’allumer au commissariat pour faire peur au directeur, mais elle n’a pas marché.

  • Bon, de toute façon, on n’est pas pressé.

Derrière, on commençait ainsi :

  • Vous êtes en Erasmus, c’est ça ?

  • Oui.

  • De quelle origine.

  • Allemagne.

  • Nous avons plein de problèmes avec les Erasmus. Ils viennent, ils ne se méfient de rien, comme vous, ils sont bourrés ou drogués…

  • Moi, je ne suis pas bourrée.

  • Pas vous, mais tous les autres, vous devriez voir les conneries qu’ils font. On a découvert une fille la semaine dernière qui se bourrait la gueule…

  • Qui se quoi ?

  • Qui buvait beaucoup, quoi. On nous a appelé des urgences pour aller la voir parce que c’était la cinquième fois en un mois qu’elle buvait, puis, quand elle était fatiguée, elle appelait le SAMU…

  • Le quoi ?

  • Les urgences, pour qu’on la ramène chez elle ; et comme elle était belle, elle obtenait ce qu’elle voulait.

  • Vous devez vous méfier, a dit le chauffeur la regardant par le rétroviseur.

  • Oui, a confirmé le copilote, Paris est une grande ville et pas tout le monde n’est sympa.

  • Vous faites ça souvent chez vous ? A voulu savoir son voisin de siège.

  • Oui.

  • Vous connaissez le chemin au moins ? S’est senti intrigué le chauffeur.

  • Oui, eh, c’est jusqu’à Pigalle et puis vers le haut.

  • C’est ça.

  • Ne vous inquiétez pas, je crois que je connais le chemin.

  • C’était seulement pour vous tester.

Pendant le trajet elle a pu voir le visage d’un Paris hivernal, éclairé par des milliers des LED et des néons. Ils l’on déposée au pied des escaliers du Sacré-cœur. Avant de fermer la porte, le copilote lui a demandé :

  • Vous rentrez chez vous ?

  • Non, je vais travailler.

  • À cette heure-ci ?

  • Oui, on va faire un film, merci beaucoup.

Une urgence a dû se présenter à ce moment là parce qu’ils n’ont pas entendu ses paroles, occupés à mettre la sirène qui a répondu au deuxième appel même si la fille allemande n’était plus là. Ils voulaient faire pro’, les flics sont comme ça, toujours prêts à aider… une belle fille en mini-jupe, quelles qu’elles soient les circonstances.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s