Quand le cycle de la vie t’arrange

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Il était une fois un bon chat qui faisait son taf et dont les propriétaires en était fiers. Il s’appelle Néko. On échangeait avec lui une boîte de thon pour chaque souris chassée. Bien entendu il tenait à laisser la proie dans un endroit bien visible dans la maison ou sur la terrasse et il guettait dans un coin l’arrivée du premier venu pour sortir à sa rencontre en remuant la queue et en miaulant : « regarde comme je suis un bon chat, passons à la caisse, paie ton thon».

Comme dans toute coloc, les tâches sont partagées. Celle du ramassage de souris en est une que j’évite dans la mesure du possible, des phobies apprises dans la famille, liées à la pauvreté des générations précédentes et qui restent. Je n’avais la même phobie de ma mère mais elle m’a transmise un dégoût profond pour les rongeurs.

Jim et Kenji le comprenaient et on échangeait le ramassage et et mise en sac contre quelques bières, le dîner ou leur tache ménagère de la semaine. Quand on veut éviter une activité, il faut mettre le paquet.

Un samedi soir Néko avait laissé un petit rat sur la terrasse au moment ou tous les deux partaient je ne sais où, tout ce que j’ai compris ce que c’était à moi de m’en débarrasser. Si c’est à comparer, je préfère mille fois nettoyer des chiottes dégueulasses plutôt que le rongeur, mais il était déjà là, Néko exigeait son thon à gorge déployée et je n’allais pas la laisser là se décomposer sous le soleil estival à deux mètres de ma fenêtre. Je l’avais déjà fait la même année, d’attendre à ce que la nature fasse son travail et le résultat avait été encore pire et la décomposition avancée. Le miracle n’était pas advenu et j’avais quand même dû nettoyer la terrasse.

Quand les colocs sont partis j’ai commencé à penser aux premiers détails techniques : l’emplacement du balai, la pelle, les gants, les sacs pour envelopper le balai et la pelle, et le sac pour la déposer et je me suis alors rappelé quelques essais pour tenir les rongeurs le plus à l’écart possible.

Il y a une dizaine d’années j’habitais avec ma copine un duplex dans la banlieue de Mexico. À l’arrière il y avait une petite cour pour laver et tendre le linge, on avait oublié de remettre la grille des égouts et un rat était rentré fouiner chez nous. Il m’a semblé logique qu’il fallait simplement le faire rentrer par là d’où il était sorti, je lui ai laissé une demi heure en la motivant avec quelques coups de bâton sur le sol depuis une fenêtre. Ça ne lui parlait pas. J’ai encore laissé passer une demi heure et vu qu’il était toujours là j’ai dû passer aux méthodes plus drastiques.

J’ai pris la bouteille de dissolvant pour peinture, j’ai pris deux vieux t-shirts que j’ai déchiré en lambeaux, j’ai fait des boules, je les ai imbibées de dissolvant et je les ai balancées, allumées, vers les quatre coins de la petite cour afin de lui monter le chemin qui était au centre. Ce n’est qu’en balançant la dernière que je me suis rendu compte que la bonbonne de gaz était là. Je me suis éloigné du bord du toit de la maison, où je m’étais posé pour mieux viser, en priant mon dieu athée pour que la bouteille n’explose pas, après tout on était locataires et surtout pour ne pas devoir expliquer ça a Magnolia : salut, t’as passé une bonne journée ? Oui ? Bon , bah, moi, j’ai fait péter la maison, mais ça va.

C’était la première année qu’on habitait ensemble cela n’aurait pas aidé à la mise en confiance d’un bon couple. Les boules de feu ont fini par s’éteindre, la bouteille n’a pas explosé et la fumée a fait fuir le rat, j’ai remis le couvercle, ramassé les cendres, caché la bouteille de dissolvant à moi-même et attendu que Magnolia arrive pour répondre : ça a été ? Oui, journée tranquille à la maison à faire des petites choses. Et toi ?

Avant l’arrivée de Néko à la Courneuve, les fois où il y avait eu des rongeurs on avait eu du mal a s’en débarrasser. L’une d’elle s’était introduite sous le parquet de ma chambre. J’ai mis des pièges à la sortie du petit trou par lequel elle était rentrée, mais elle avait dû manger avant d’y pénétrer parce que deux jours sont passés et elle ne voulait toujours pas sortir et semblait passer le gros du temps à s’aiguiser les dents en rongeant des objets indéfinissables mais que, la nuit, devenaient une torture. Nina était là la nuit de trop, la quatrième. Cela me donnait des insomnies.

Alors qu’elle dormais paisiblement, je n’ai plus pu me tenir, je me suis levé et j’ai pris la première bouteille de gaz que j’ai trouvé, je crois que c’était un insecticide, j’ai débouché le trou, j’ai dirigé le pulvérisateur, je m’en foutais du produit, ça aurait pu être du désodorisant, tout ce que je voulais était de la tuer, ou d’essayer de la tuer, parce que la nuit précédente j’avais déjà commencé à voir si je pouvais détacher le parquet sans l’abîmer, mais je m’étais retenu sachant que je ne suis pas très bon pour refaire les puzzles car je tends à me distraire facilement et je perds des pièces. Il est clair que je n’ai pas réfléchi en concentrant ma haine contre elle sur le bouton de la bouteille, et le résultat est qu’on a dû ouvrir les fenêtres de la chambre pour pas être intoxiqués nous-mêmes. Heureusement que cette fois-ci je n’avais rien d’inflammable à disposition. Nina me regardait faire à moitié endormie en ayant du mal à lier la cause à l’effet et rigolait en silence Il y avait de quoi: un gars avec la haine contre une souris minuscule en caleçon et parlant à un trou. La souris n’est pas morte, elle a continué à se refaire les dents jusqu’au bout de la nuit, nous non plus et un jour elle a pris congé sans laisser de mot.

J’étais pris par ces pensées quand une corneille a atterri sur la terrasse, elle a vérifié que le rat soit bien mort et elle l’a embarqué avec son bec vers l’est. Cette fois-ci j’ai pensé assez fort et l’été a fait le reste, proche de notre astre et sans rongeurs à ramasser, parfois non, parfois oui.

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