Un cowboy mexicain à Montpellier

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Photography by Ashlee Nobel and Janet Warlic

Comme beaucoup d’étudiants et de touristes de cette ville, le cowboy rocker mexicain finissait sa soirée quelque peu bourré au crépuscule, au moment imprécis où ce n’est ni tôt ni tard ou, plutôt quand c’est tôt pour ceux qui se lèvent et tard pour ceux qui ne se sont pas encore couché.

Pour beaucoup de latinos comme lui, il était en dessous de la moyenne française de taille, ce qui lui valait parfois d’être décrit par ses amis comme étant « petit et très beau », pour qu’on le reconnaissent. Sa tête de diable se voyait à des lieues. À cette description s’ajoutaient le détail des cheveux longs et lisses, de la tenue rock et des santiags facilement repérables, ainsi que les boucles d’oreille à plumes, les chaînes argentées et discrètes, et les tatouages.

Il aurait certes pu être aisément reconnu aux santiags. Cependant il ne les portait que pour les grandes occasions, comme ce soir.

Avec cette dégaine et qu’une grande envie de continuer la virée nocturne, il a décidé de faire comme il faisait déjà à Mexico, parler aux gens qui lui semblaient avoir la même vibration, et voir ce qu’ils proposaient, ou les prendre dans l’équipe ; à la recherche d’encore plus de nuit, même si le jour menaçait depuis l’horizon, déjà tangent.

Il s’est adossé à un mur à l’angle d’une rue, la bière à la main et une réserve de rhum dépassant de la poche de la veste en cuir, au cas où quelqu’un de sympa aurait encore soif.

C’est alors qu’une voiture s’est approché de lui. Deux jeunes en survet’ que la plupart de gens auraient fui, surtout par leurs voix ivres, lui on demandé s’il voulait aller quelque part. Il habitait deux rues plus loin.

– Je ne fais pas du stop, leur a-t-il précisé, j’ai juste envie de tiser avec des potes. Vous avez soif ?

– Toujours, vas-y, monte. On va chez nous.

Il est monté dans la 206. Un crissement de pneus et c’était partit à toute vitesse vers la Paillade.

Ils avaient eu la chance de ne rencontrer aucun passant ni aucun flic. Ils auraient sans doute fini au commissariat avec n’importe lequel des deux rencontres.

Il n’ont pas eu le temps de parler. Ils avaient déjà de la trap à fond quand il était monté et il avait déjà vu qu’ils était surexcités. Probablement de la cocaïne et de l’alcool, s’est-il-dit. C’était mieux ainsi, vu qu’ils traçaient à toute allure, ils seraient au moins plus réactifs. C’était sa vitesse aussi depuis qu’il était arrivé à Montpellier pour les études. Il n’avait donc rien à leur reprocher.

Il sont arrivés en quinze minutes et en criant comme des singes. Ça, il avait compris qu’il en avait le droit.

Il se sont garés le plus de travers possible, sur trois places et, en rigolant ensemble, ils sont descendus, ont fermé la voiture et se sont dirigés vers l’un des bâtiments délabrés. Ils ne devaient pas monter, pas d’effort, c’était au rez-de-chaussé, lui ont-ils dit en ouvrant la porte avec coutoisie, le laissant rentrer le premier.

Ils ont fermé la porte derrière eux et l’on invité à s’asseoir sur l’un des canapés du salon. C’était une pièce dépourvue de décoration, avec une grande télé sur une table basse, en face du salon, et une autre au milieu des trois canapés bariolés qui formaient un u autour de l’écran, duquel surgissaient un tas de câbles qui menaient vers une PS. Sur la table il y avait un cendrier débordant en un fleuve de cendres qui s’écoulaient par tous les bords du rectangle. Des canettes et des bouteilles. Il aimait ce genre de lieux, à petites doses.
Il s’est assis et leur a tendu la bouteille. Celui qui portait une casquette l’a prise et a fait signe à son ami d’aller chercher quelque chose vers la droite.

– Les verres, a-t-il dit.

Il est rentré dans une pièce et il en est sorti aussitôt. Le cowboy mexicain regardait celui qui avait la bouteille et il lui a souri au moment où il enfilait la première gorgée, en signe d’empathie, de partage.

Quand il s’est retourné, un flingue pointait vers lui, à trente centimètres de son visage. Il était retourné, mais sans verres.

– OK, mon pote, fin de la course, vide tes poches.

– Tu croyais quoi ? A complété l’autre alors qu’il s’essuyait les lèvres avec sa manche tout en tenant la bouteille en l’air.

Il les a dévisagé sans tourner la tête, et d’un coup il a pris le flingue des mains de son agresseur et l’a pointé contre lui. Il a froncé les sourcils illico :

– C’est un putain de jouet, et il l’a balancé sans violence à celui qui avait la bouteille.

-Vous êtes des gamins. Je m’en vais.

Il est parti sur-le-champ, comme une ombre.

Aucun des deux n’a bougé. La bouteille était suspendue par un bras tétanisé par la trouille. L’autre était aussi une statue aux yeux écarquillés. Il ne s’attendaient pas à cette réaction, et soudainement ils s’attendaient à tout de sa part. Ils était tombés sur un gars qui avait connu beaucoup plus de violence qu’eux, petits voleurs, de par le seul fait de venir d’un pays plus pauvre, plus violent, et d’aimer le rock ‘n’ roll, où la vie n’a pas la même valeur.

Ce n’est que quand la porte s’est claqué derrière lui qu’ils ont repris le souffle. Joldi, lui, est parti a pied, se coucher. Assez pour une nuit.

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