Et quoi encore?

Arrêter de penser que le bonheur est ailleurs,

À l’heure qu’il est, alors que certains sont partis,

de ceux qu’on aimait,

tracer ses bases à la craie et ensuite au marteau piqueur,

prendre son tempo, tâter le terrain, éviter la moiteur,

les moisissures, et l’horreur d’un lundi sans cœur,

encore accroché aux liqueurs,

sauveteurs de la mélancolie du monde,

et de cette indélébile trace vagabonde

plein au milieu du dos, là où ça fait un mal immonde.

Quoi que je réponde, mes paroles sont faussées,

je les ai usées, lessivées,

maintes fois retournées et recolorées.

Rien à faire dans cette affaire infernale

où t’as tort d’emblée et commence alors la cavale

sous la chaleur estivale,

ou sous la chute des pétales

d’hiver, le livreur de mauvais sorts

te la fera toujours à l’envers.

Il placera un ver, à peine soutiré de la terre,

il l’enfoncera dans ton nombril et rien à faire guère,

l’ennui cosmique et mortel t’aura anéanti.

Vous voulez parler misère ?

J’ai un tas de frères et de sœurs,

de cousins, de cousines, de voisins,

de soi disant vauriens à l’air malsain,

qu’on a usé à l’usine

et qui se demandent entre deux bibines

à quoi bon autant de peine

à se faire user, puis refuser le pain ou fusiller.

Autant se pendre sur le champ…

Mais ils ont des gosses.

Puis ils rigolent, leur mauvais sort

ne leur a pas infligé un assez grand tort

pour qu’il déplorent la vie qui leur appartient,

aussi petite qu’elle soit, mine de rien

ils tiennent le coup. Pas question d’être magicien

de l’appauvrissement, de maquiller la douleur,

la froideur de l’assiette vide et les poches pleines de poussière,

de celui qui erre dans la Terre, pris par le besoin austère

d’une faim qui ne se tait même pas avec une prière sincère

ni aux bons dieux, ni aux chimères.

Essayer de prendre ses repères,

dans un pays étranger,

qui n’a pas les bras ouverts,

parce qu’il zèle le bienfaits du butin

de l’aventure coloniale,

Suivre sa route sans penser à ces détracteurs sans visage,

sans penser à l’engrenage qui te mâche puis t’avale

sans sel, sans huile, sans appel

pas de nom, pas de tête, pas de regard craintif,

il te possède, bout de viande télécommandé

au pouce opposée et bipède,

c’est tout ce qu’il sait,

cet être sans visage affamé de grosses chiffres,

l’accro au jeu qui possèdent le biff’

depuis plusieurs générations,

c’est des salauds !, nous crions,

puis on regarde par terre pour ne pas rater l’occasion

de se marrer, une fois que la gorgée desserrée,

face à l’impossibilité de guérir toutes nous blessures,

ce sera détendue avec du rhum,

penser à ce qu’on est, et à ce qu’on peut faire

et à la meilleure façon de finir le jour,

pourvu qu’on n’aient pas fini de nous user

à leurs tâches inutiles, nous sommes ces milliards d’âmes

aux rêves volés, ceux à qui l’éducation a été refusée,

comme ça, d’emblée, on a jamais su pourquoi,

nous sommes ceux qui faisons

ce que les machines ne peuvent pas faire,

et souvent plus bon marché.

Les voilà encore qu’ils rient,

l’un d’ici, l’autre d’ailleurs,

pleins de béton de la tête aux pieds,

aussi forts que modestes,

c’est contagieux,

je me demande ce qu’ils se racontent,

ils se marrent à la cinquième bière,

encore plus qu’à la première,

dans tout cas ça a l’air sincère,

on travaille dans les mêmes hôtels,

nous balayons les mêmes rues,

sous les mêmes pluies,

nous creusons les puits,

nous réparons tout ce qui tombe en panne,

on est dans les mêmes cuisines,

mais nos enfants, voyons,

ils ne sont pas arrivés en retard,

et de toute façon c’est trop tard,

faut juste dire encore,

qu’on serait pas venu,

si vous n’étiez pas allés chez nous,

et arrêtez avec vos histoires

soi disant logiques

de « au XIX siècle, l’occident,

par rapport au reste monde .. .»

Les Lumières, et quoi encore ?

chimères malheureusement,

qui n’ont vu le jour jamais

pour faire le bien qu’il manque encore

nourriture pour tout le monde,

éducation et l’oubli des ambitions,

y en a pour tous,

quoi de plus simple ?

Mais on traîne encore,

mais pas pour toujours.

Comme cet énergumène

qui me soutenait

que les pauvres sont cons

et pauvres parce qu’ils

ne font pas d’efforts,

et quoi encore?

Avant que je ne lui saute à la gorge,

pour me rendre compte qu’il n’avait pas le courage

de défendre à mains nues ce qu’il disait être.

 

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