P’tite trace de Miguelito

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Seth, 2016?, Paris XIII

Une mère affolée arrive avec son enfant au cabinet d’Oliverio. Pendant l’entretien préalable, elle lui fait part des épisodes convulsifs de son fils, mais surtout :

– J’ai eu un appel de l’école et j’ai été convoquée parce qu’ils l’ont vu préparer et prendre une trace de Miguelito (poudre acidulée, salée, sucrée et pimentée, vendue comme bonbon) dans les toilettes, et une autre fois sniffer le graffite du crayon. Je ne sais plus quoi faire. Je l’ai aussi vu faire à la maison. Où est-ce qu’il a pu apprendre ça ? Je suis démunie (sanglots).

Il a dû prendre du souffle pour ne pas rigoler à l’image de l’enfant faisant semblant de se droguer. Il lui est venu à l’esprit le souvenir de lui-même faisant le même geste, mais avec de la poudre de craie à l’école primaire.

– Est-ce qu’il regarde la télé, madame ?

– Bien sûr, comme tous les enfants.

– Et vous surveillez ce qu’il regarde ?

– Je crois, oui.

– Est-ce qu’il va sur internet ?

– Plus que la télé, alors là… Indécrochable.

– Peut-être que les idées viennent de là, à moins que vous-même…

– Quoi ? Mais bien sûr que non, je ne me drogue pas ! Je ne bois même pas, je suis une mère célibataire, je suis débordée tout le temps. Je ne suis pas beaucoup à la maison.

Les traces de Miguelito n’étaient que le sommet de l’iceberg. Oliverio a pu déceler ensuite en thérapie, que les convulsions étaient liées au fait qu’il associait l’état maladif à la présence du père absent qui ne l’appelait que quand il était au lit ou avait causé des ennuis à sa mère. Un chantage affectif poussé trop loin et devenu pathologique. Mais que peut un enfant si on ne le guide pas au milieu des adultes et de leurs histoires ratées?

Il a écrit une lettre à l’initiative d’Oliverio, adressée à son père, pour exprimer son ressenti, ça devait rester confidentiel. C’est lui qui a choisi le contenu. Dans cette missive, il lui demandait « d’être son père » et de laisser le passé derrière, du haut de ses dix ans. Il habitait à quatre cents kilomètres, à Acapulco, sur la côte Pacifique. Après l’avoir écrit, il a décidé qu’il voulait l’envoyer pour de vrai. Oliverio l’a mis en garde:  ça pouvait marcher, comme le décevoir, c’était un pari.

Il a choisi de tendre la perche. Les enfants peuvent être plus courageux qu’on ne le croit, ils ont des peurs en moins, de tares en moins, de solutions simples. La mère, lisant la lettre à la demande de l’enfant avant de l’envoyer, a réalisé alors le malheur de son fils comme si une statue s’était érigée à la fin de la lecture, devant elle. Elle a conclu que rien ne l’attachait à cette banlieue de Mexico, Texcoco, et qu’elle déménagerait et trouverait un boulot à Acapulco, ville touristique. Malgré tout, elle ne détestait pas son ex mari, non plus, chacun avait sa vie. Un cas rare pour l’Amérique Latine, où tout se fini souvent en telenovela. L’enfant a survécu au sevrage des traces de bonbon en poudre et de crayon et il vit à côté de la plage et de son père et sa mère, et il a deux maisons. Pauvres, mais deux quand même. Cette fois-ci, oui.

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