Si pardon

André Minvielle. 2009

André Minvielle

J’étais un jouet orageux,

chinois,

avec la rage

d’une usine oubliée

où certains y ont laissé les mains

et l’âme

dans ses engrenages.

Je n’y suis pour rien,

cette fois-ci,

j’en fais partie.

Ma grand-mère

a toujours nettoyé le sol

d’autrui.

Je suis un jouet cassé

comme elle.

Il n’y a plus de piles,

plus d’ailes,

plus de paillettes.

C’est l’âge,

j’entends dire,

mais ça reviendra ;

on passera au solaire

me dis-je,

me dit-elle,

entre deux prières,

à l’oreille,

quand je pense à elle

et ses mains usées

avec de l’arthrite,

interpellant un dieu qui ne vient pas

à l’autre bout de l’Atlantique.

Les mécaniques

ont pris la rouille ;

n’ont jamais servies

à l’inutilité

qui m’était destinée.

J’étais dans la vitrine

mais personne ne m’a acheté.

Je suis tout à refaire,

comme une plage

au milieu de l’océan;

début de montagne,

volcan,

debout avant l’heure,

toujours à l’heure ;

comme un immigré

et son premier taf

qui lui sauve la peau

dans un nouveau pays.

Je m’en rappelle.

La joie.

Comme un enfant

à qui on apprend à jouer.

J’en suis à ma première fois.

Je la veux encore comme ça, l’existence,

si possible,

si pardi,

si pardon;

une suite de premières fois,

et m’émerveiller toujours de tout,

la lumière aux yeux

et sans lunettes de soleil ;

ça n’a pas de pays,

la vie,

encore moins de frontières;

alors je marche

avec mon charivari

dans la tête,

en espérant que ça roule,

un jour ça sera à mon tour.

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