La boutique

Cortázar y su perro

Pour moi, l’amour,

c’est toi qui m’attends

à la sortie de la boutique,

sans me dire comment être,

ni quoi ressentir,

ni moi à toi.

Ni de me calmer,

ni de foncer,

ni en espagnol,

ni en français,

Dans ce Paris masqué

et sans bal.

Covidal.

Toi, tu aimais l’intempérie,

les clopes

et voir les gens passer ;

et moi, les échanges

au gré du vent,

avec les artisans

qui nous nourrissent

et nous délectent.

Et tu attendais ;

chacun dans son monde,

et on repartait après,

flâner.

Ser irresponsable

No leas los contratos,

confía en la gente

y en las instituciones.

Deja pasar el tiempo

para hacer lo que tienes

o quieres hacer.

Piensa que mañana siempre será mejor.

No te alimentes bien,

aún eres joven.

Cree que eres eso justamente.

No hagas cuentas exactas,

no mires el cambio que te dan

en el mercado, ni en la vida.

Lava tu ropa con la lluvia,

planta flores en vez de trabajar,

fabrica lámparas que no

necesitas.

Olvida que este mundo es cruel,

y sal a la calle sin mirar al cruzarla.

Y, sobre todo,

no pienses en el futuro,

todavía no existe.

Ya veremos después.

Cuando se acabe el Covid…

Si sucede.

Me da igual,

seguiré siendo irresponsable.

Fleurs de moniato

On se disait bonjour depuis quelques mois, mais on avait à peine parlé. C’était le seul sans-abri de la petite rue où j’habite depuis peu dans le 9ème arrondissement de Paris. Il dort sous un petit toit d’une ancienne boucherie spécialisée dans les tripes et les volailles que personne n’a ouverte depuis des décennies et dont il ne reste que la façade peinte entièrement à la main, à la typologie du vieux Paris, annonçant les produits qui défilaient quotidiennement autrefois. Tous les soirs, il arme et démonte son camp sous ce petit abri pour attirer le moins possible l’attention du voisinage. La rue est spécialement calme pour la ville.

Je savais qu’il parlait castillan parce qu’avant moi, Lucas avait occupé cette chambre de bonne au sixième étage pendant plus d’un an et l’entendait jurer de temps en temps dans notre langue avec un fort accent espagnol et une voix de ténor maudit, « quand il perd la boule, c’est pas joli à entendre… Je ne voudrais pas être celui sur qui il crie », m’avait-il raconté. Il savait que je parlais espagnol, on se saluait dans notre langue depuis le début. Il a vu juste, je pense, ou alors il nous a entendus l’une des fois où j’ai rendu visite à Lucas.

Ce jour-là, j’avais oublié le concentré de tomate que m’avait demandé S. pour préparer un couscous avec les légumes que nous venions d’acheter au rabais dans un magasin bobo, qui vendait sur Internet ce qu’il ne parvenait pas à vendre sur place à un prix exorbitant, pour quelques sous via un smartphone. C’est pourquoi j’attendais à la porte du supermarché du coin avec la boîte pleine de légumes de saison dont n’importe quelle mère aurait été fière. Il ne manquait que les bières et la tomate.

Comment allez vous ?

– Bien, tout va bien, et vous ?

– Pareil, alors ? Vous avez un lapin à la maison ?

– Pourquoi ?

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