Pile quand tu voulais arrêter: le père Noël

Père Noël, 2013 photo par cyberdilou

J’avais décidé d’arrêter de fumer, tout. Le tabac et maryjane. Ça marchait plutôt pas mal les premiers jours, mis à part ces moments de solitude où les vices font surface et mettent en évidence les creux de l’existence qu’on remplit avec. Pour ceux qui s’y connaissent, ce n’est pas donné.

Cependant une période de vaches maigres m’avait facilité la tâche, je ne pouvais payer ni l’un ni l’autre. De temps en temps je tournais en rond mais la conviction d’avoir les poches vides ne me laissait pas d’issue.

Un de ces soirs, je regardais les gens passer à travers la fenêtre de la cuisine quand la porte a sonné. C’était notre cher docteur qui livrait à domicile pour un minimum de cinquante euros et qui travaillait tous les jours. À présent disparu de la ville. Il est arrivé en s’excusant pour le retard.

Vu que je n’étais pas le seul à l’appeler dans la maison, j’ai cru que quelqu’un d’autre lui avait donné rendez-vous et qu’il serait en retard. J’ai appelé tout le monde concerné, mais la réponse a été la même : ce n’est pas moi.

Le docteur paraissait un peu contrarié, il a vérifié ses messages reçus, on ne figurait pas sur la liste, tel que je le lui avait dit. Il aimait bien passer à la maison, on lui proposait un café, il restait discuter un peu, puis il partait. Mais de là à passer à l’improviste.

Lui-même ne pouvait pas s’expliquer la volonté qui l’a dirigé vers chez nous, je lui ai fait part de ma détresse financière et du fait que je n’avais pas de tabac non plus, il a alors répondu, un peu gêné pour sa présence dans la maison :

– Bah, écoute, vu que je suis déjà là, je te laisse un cadeau pour le dérangement et puis si tu veux un truc je te fais un crédit pour la prochaine fois, et je te laisse un paquet de clopes et des feuilles.

C’était trop de tentation et de hasard pour ne pas saisir l’occasion, ou plus exactement, je suis trop faible. Si je croyais aux phénomènes mystiques, j’aurais dit que j’ai pensé trop fort. Le résultat était le même : je n’avais aucune volonté encore ou pas assez pour dire non au Père Noël, même si c’était sur mon ardoise.

Un cowboy mexicain à Montpellier

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Photography by Ashlee Nobel and Janet Warlic

Comme beaucoup d’étudiants et de touristes de cette ville, le cowboy rocker mexicain finissait sa soirée quelque peu bourré au crépuscule, au moment imprécis où ce n’est ni tôt ni tard ou, plutôt quand c’est tôt pour ceux qui se lèvent et tard pour ceux qui ne se sont pas encore couché.

Pour beaucoup de latinos comme lui, il était en dessous de la moyenne française de taille, ce qui lui valait parfois d’être décrit par ses amis comme étant « petit et très beau », pour qu’on le reconnaissent. Sa tête de diable se voyait à des lieues. À cette description s’ajoutaient le détail des cheveux longs et lisses, de la tenue rock et des santiags facilement repérables, ainsi que les boucles d’oreille à plumes, les chaînes argentées et discrètes, et les tatouages.

Il aurait certes pu être aisément reconnu aux santiags. Cependant il ne les portait que pour les grandes occasions, comme ce soir.

Avec cette dégaine et qu’une grande envie de continuer la virée nocturne, il a décidé de faire comme il faisait déjà à Mexico, parler aux gens qui lui semblaient avoir la même vibration, et voir ce qu’ils proposaient, ou les prendre dans l’équipe ; à la recherche d’encore plus de nuit, même si le jour menaçait depuis l’horizon, déjà tangent.

Il s’est adossé à un mur à l’angle d’une rue, la bière à la main et une réserve de rhum dépassant de la poche de la veste en cuir, au cas où quelqu’un de sympa aurait encore soif.

C’est alors qu’une voiture s’est approché de lui. Deux jeunes en survet’ que la plupart de gens auraient fui, surtout par leurs voix ivres, lui on demandé s’il voulait aller quelque part. Il habitait deux rues plus loin.

– Je ne fais pas du stop, leur a-t-il précisé, j’ai juste envie de tiser avec des potes. Vous avez soif ?

– Toujours, vas-y, monte. On va chez nous. Lire la suite

¿Quiere ganar dinero?

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Amérique : Grand masque Wauja
© Musée du quai Branly. Photo : Patrick Griès

En el año 2015 trabajaba en cuatro escuelas diferentes. Había logrado escapar de los servicios no sin penas, el primer hotel era ya sólo un punto lejano en el horizonte. En una de ellas sólo cuidaba a los chicos, y en las otras tres profesor remplazante en dos preparatorias y una secundaria. Creo. He trabajado en tantas que la cronología comienza a ser confusa. Lo cierto es que era viernes y aquel día me tocaba ir a una preparatoria técnica especializada en el trabajo del vidrio y en la cual había una clase para extranjeros. Y después de ellos, ya estaba en el barrio latino, libre como un viernes o como una bajada en bicicleta sin manos por una cuesta, con la satisfacción de haber dado una buena clase.

Para aquellas alturas del año, lo duro había pasado que era encontrar esos trabajos, y todos me estaban pagando, no me había pasado en varios años.

No iba en bicicleta, pero la sensación era parecida, y aunque a pie, aquel punto entre el metro Luxembourg, Censier y Clunny La Sorbonne, es uno de los más altos del barrio e iba de bajada por la vida. Creo que iba cantando cuando un hombre de unos sesenta años me saludó. Le respondí el saludo con una sonrisa que era el traje que llevaba en aquel instante. Seguí de largo cuando me preguntó:

– Hey, monsieur, ¿por casualidad no es usted sudamericano?

– Heee, sí, ¿por qué?

– Es que viví muchos años en su continente y sé reconocer a los suyos.

Mi primer pensamiento es que sería un viejito como hay tantos en ese barrio de ricos, que acaban solos en sus departamentos llenos de recuerdos y objetos ostentosos, y sin nadie con quién hablar. Lire la suite

Los planes no sirven para nada: cachetadas de año nuevo

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Blutch, La beauté, 2008

El plan inicial que nos habíamos fijado con Raj era pasar un año nuevo tranquilo. En mi casa todo el mundo estaba de viaje. No hacer nada. Sí, esa era una de las cosas que supongo que para los fiesteros no llega antes de los treinta, si llega. No irse de fiesta porque ya sabes cómo va a terminar: muy borracho y pasando una buena parte de la noche tratando de ligar. Sea lo que sea, nos habíamos propuesto platicar y tocar algo de música en su departamento de Menilmontant, donde había crecido. Sus padres no estaban aquel día, porque se encontraban del otro lado del canal de la Mancha . Su familia pertenecía a aquellas migraciones que comenzaron por el Reino Unido y terminaron en otros puntos de Europa.

Rajajee nació en Francia, casi al año siguiente de la llegada de sus padres, el primero al cabo de muchos aviones, barcos y trenesm desde Sri-Lanka. La mayoría de su familia se quedó en el Reino Unido. Es por eso que, frecuentemente, se reunían del otro lado de la Mancha. Raj, desde pequeño, prefirió más Francia que el Reino Unido. Era el más francófilo de la familia, por decirlo de alguna manera.

En todo caso aquel año decidió que no quería ir y por eso teníamos casa vacía.

La cita inicial era en ahí, pero una propuesta de unas amigas latinas que estaban al final de su ciclo de niñeras, nos llevó a modificar nuestro itinerario de la noche, del distrito veinte, popular y lleno de migrantes, al diecisiete, donde viven los ricos.

Raj agarró su coche. Se trataba de un automobil familiar donde seis o siete personas hubieran entrando sin problemas. Salimos con una cerveza en mano y fue hasta que ya nos habíamos atado los cinturones que le pregunté si pensaba manejar con la chela en la mano, descaradamente, con el riesgo de que nos detuvieran y me respondió:

– Mira, este año ya no tengo permiso de circular por París con mi coche porque es tan viejo que ahora es ilegal, y no me puedo comprar otro porque no tengo dinero, así que ahora sólo los ricos tienen derecho de circular cómodamente con su cuate para ir a ver a unas chicas, pero nosotros no, así que sí, me voy a ir echando mi chela, hoy a todos les da igual, todos están borrachos. Lire la suite

La fin du Summertime : une libellule, tuer un grand père en vain, un vol, une porte cassée et une pincée de tendresse

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Je me demandais quand est-ce que l’été prendrait fin. Je m’étais dit que je prendrais n’importe quel boulot pour l’été, et ça commençait à être bon pour moi pour la saison. Être réceptionniste de nuit était sans doute le pire boulot que j’ai jamais eu, et des boulots j’en avait eu depuis que j’étais arrivée en France, je ne me rappelais plus du nombre, tout s’enchaînait pour trouver sa place dans Paris.

Pendant les longues nuits, des petites chaînes de fonctions inutiles consommaient mon temps avec leur futilité. J’ai vu le jour le plus long de l’année derrière le comptoir et les suivants se raccourcir petit à petit. La ligne entre l’automne et l’été n’a jamais été claire pour moi ; les tâches que je devais accomplir à l’hôtel, non plus ; elle se multipliaient tous les jours, mais le salaire restait le même.

L’un de ces crépuscules, une libellule est arrivée au comptoir, elle s’est posée deux secondes et elle est partie par la porte que je maintenais toujours ouverte, ensuite on m’a demandé :

  • Je peux faire une réservation pour demain ?

Elle tombait plutôt mal, elle avait fait fuir la libellule et avec elle mon espoir de croire en un été qui existait quelque part dans sa plus belle face à l’heure où je commençais à travailler. C’est comme ça avec les emplois qu’on n’aime pas, mais celui-ci avait une noirceur pour laquelle la nuit n’était que décor.

  • Pour quand ?

  • Pour demain. Je suis déjà à l’hôtel.

  • Nom de famille…

Son nom de famille était compliqué et long, avec des consonnes que je n’aurais pu répéter. Ce à cause de la fatigue, parce que dans d’autres circonstances j’ai une bonne oreille. Elle a dû l’écrire. J’aurais dit qu’elle était étasunienne. Elle était blanche, en tenue de sport, du genre « je vais au parc faire du jogging », et des cheveux rouge foncé attachés en queue de cheval. Le nom de famille, lui, pointait vers l’Europe de l’Est.

Je n’avais pas envie de penser à des réservations, l’été m’avait laissé une odeur à cigarette bleu-âpre et un peu mal aux reins à force d’être debout pendant dix heures au lieu de dormir.

  • Le système ne marche pas, désolé, passe plus tard.

Elle ne m’a rien dit mais elle a compris que je mentais. On a parlé rapidement, discussion de comptoir. Elle n’a pas insisté pour sa réservation. Lire la suite