Quand le cycle de la vie t’arrange

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Il était une fois un bon chat qui faisait son taf et dont les propriétaires en étaient fiers. Il s’appelle Néko. On échangeait avec lui une boîte de thon pour chaque souris chassée. Bien entendu il tenait à laisser la proie dans un endroit bien visible dans la maison ou sur la terrasse et il guettait dans un coin l’arrivée du premier venu pour sortir à sa rencontre en remuant la queue et en miaulant : « regarde comme je suis un bon chat, passons à la caisse, paie ton thon».

Comme dans toute coloc, les tâches sont partagées. Celle du ramassage de souris en est une que j’évite dans la mesure du possible, des phobies apprises dans la famille, liées à la pauvreté des générations précédentes et qui restent. Je n’avais la même phobie de ma mère mais elle m’a transmise un dégoût profond pour les rongeurs.

Jim et Kenji le comprenaient et on échangeait le ramassage et et mise en sac contre quelques bières, le dîner ou leur tache ménagère de la semaine. Quand on veut éviter une activité, il faut mettre le paquet.

Un samedi soir Néko avait laissé un petit rat sur la terrasse au moment ou tous les deux partaient je ne sais où, tout ce que j’ai compris ce que c’était à moi de m’en débarrasser. Si c’est à comparer, Lire la suite

Tares dés

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Slinkachu, 2015

 

Chacun ses tares,

chacun se tait quand il le croit nécessaire,

à tout un chacun sa boussole

et ses hasards,

sa tristesse ringarde,

y compris pour soi ;

sa mégarde,

mal placée,

hors tempo,

et les bons jugements faciles

avant la tempête.

Chacun ses tares, Lire la suite

Trois veilleurs des nuit à une non-heure

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Rufino Tamayo, la gran galaxia, 1978

S’il y a, comme le dit Marc Augé, des non-lieux, les personnes qui travaillent pendant la nuit dans les services savent qu’il y a des non-heures. Entre le dernier client et le camion poubelle. Cela n’arrivait pas toujours, mais certaines fois je regardais le panneau où s’accrochaient les clés et il était vide. C’est alors que je pouvais sortir fumer une clope sur les marches de l’entrée de l’hôtel sans être interpellé, regarder le temps passer, dans l’immobilité de cette petite rue du quartier de l’Opéra. En sourdine ce bruit gris d’une ville qui dormais majoritairement, alors que j’étais débout, habillé en noir de la tête aux pieds pendant l’été.

C’est pendant une non-heure qu’un homme noir autour de la trentaine s’est approché de l’entrée.

– Bonsoir.

– Bonsoir.

– Par hasard, on ne cherche pas des veilleurs de nuit ?

– Non, désolé, on est complet pour l’instant, lui ai-je répondu et je me suis rappelé à sa place,  peu de temps auparavant, on est désespérés, on demande à tout le monde et on est prêt à tout faire.

J’aurais voulu lui dire « tiens mon poste, j’en veux plus, c’est trop dur! », mais je n’avais pas encore pu trouver un boulot aux horaires diurnes. Lire la suite

Bébé coyote

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Rufino Tamayo, Coyote, 19??

La migra nos la pela

y los muros los brincamos,

y tú pasas porque pasas,

pasas porque pasas,

run, coyote, run

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El Tri, El Blues del coyote, 2017

Andrea était partie aux États-Unis quelques mois auparavant, vers New-York, rejoindre son mari parti lorsqu’elle était enceinte, et voilà qu’il fallait recommencer tout de suite parler au coyote et au pollero.

Ces deux espèces animalières se partagent les fonctions. Le coyote se charge de l’accueil et des démarches administratives pour le départ vers la frontière : billets, repas, nuitées, mordidas aux flics sur le trajet, ainsi que le contact d’un associé pour fournir les faux papiers à l’arrivée. Le pollero, dérivé de pollo (poulet), tiens son nom de la file indienne que forment les clandestins mexicains derrière lui pendant qu’ils traversent le désert, comme une poule et ses poussins. C’est donc lui qui fait le plus sale boulot. Mais c’est aussi eux qui peuvent être les pires malfrats et profiter de la détresse des proto immigrés et les dépouiller, les abandonner aux éléments ou les livrer à la Migra. C’est une pièce en l’air, que d’avoir affaire à ce genre de personnes.

Andrea avait eu de la chance et son mari aussi. Elle était déjà au Bronx, malgré la soif du désert et l’asphyxie des cachettes des camions ; malgré la peur et la sensation que toute cette cavale ne pouvait pas être réelle. Elle avait une fausse pièce d’identité avec son vrai nom marqué dessus, même si elle ne parlait pas encore un mot d’anglais. Son mari, originaire du Suchixtlan aussi, dans l’état sud de Oaxaca, avait déjà un travail et semblait se débrouiller avec l’anglais. Lui aussi était arrivé par le même parcours, avec les mêmes coyote et pollero. C’est sur cela que reposait la confiance aveugle de son mari qui n’attendait que son feu vert pour composer le numéro du coyote avec qui il avait déjà effleuré le sujet à son départ.

– En plus c’est lui qui m’a donné le numéro du propriétaire, c’est un bon gars, il essaie d’aider les gens de Oaxaca.

– Et il se fait de l’argent aussi, il faut pas l’oublier, c’est pas un super-héro non plus.

– Et sinon qu’est-ce qu’on fait ? ! a crié Tomàs, on retourne au Pueblo ? Quoi faire ? On n’a pas fait d’études, je te le rappelle, on n’avait aucun avenir là-bas.

– Je sais ! Je sais ! Je sais ! Tais-toi !

– T u es bien arrivée n’est-ce pas , ma chérie… ?

– Oui, mais c’est notre bébé dont un parle, et de le confier à un coyote. Lire la suite

Sœurprise

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Rufino Tamayo, Manos sobre fondo blanco, 1979

Vuelvo al sur,

como se vuelve siempre al amor,

vuelvo a vos,

con mi deseo, con mi dolor.

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Gotan Project, Vuelvo al Sur, La revancha del tango, 2001

Pueblo. Ceci est le nom qu’emploient souvent les exilés ruraux pour parler de leur village d’origine. Pablo faisait partie de ce maigre groupe qui avait subi l’exode vers Mexico ou les États-Unis, une quarantaine d’années plus tôt et qui revenait, soit rendre visite aux membres de la famille restés cultiver la terre et élever des animaux, soit aux morts.

Le reste avait une aversion pour ce lieu où les souvenirs de la misère et de la famine étaient gravés au fer incandescent dans leur mémoires. Parmi les neuf frères et sœurs, seules deux de ses sœurs venaient une fois par an, les autres ne revenaient que rarement et l’ambiance était toujours un peu mélancolique. L’on parlait du passé, mais peu, seulement des choses joyeuses.

Pablo était le président de l’association des paisanos de Santa Catarina Tayata dont la plupart habitait Oaxaca, la capitale de l’état du même nom, au sud du Mexique. C’est Ignacio,  l’un des rares à être retourné vivre sur place, qui lui avait transmis le message :

– Salut, Pablo ; il y a une paisana de Mexico , une vieille dame qui est passée, il y a quelques mois et qui m’a demandé si je te connaissais et si je pouvais lui donner ton contact . Je crois que ça doit être une personne qui revenait pour la première fois parce que je ne l’ai pas reconnue, et ma femme non plus, et tu le sais, on a été les premiers à revenir de cette vague. Je n’ai pas voulu le lui donner parce qu’elle ne m’a pas demandé pour l’association, mais pour toi directement, avec les deux noms de famille, elle a dit « excusez-moi, je suis originaire de ce village, dites, par hasard vous auriez le contact de Pablo Mora García », et ça m’a paru bizarre et je lui ai dit que non, mais que je pouvais demander, alors elle a insisté pour me laisser son numéro. Tu le veux ?

– Elle n’a rien dit d’autre ?

– Non.

– Oui, donne-le moi, et si je ne reviens pas pour la fête du Pueblo, tu peux lui donner mon numéro si jamais elle se pointe et te le demande à nouveau, s’il te plaît. Lire la suite