Des chiens sur les toits et des chats en carton

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Quand j’ai commencé à en avoir assez de la question « et alors, le Mexique c’est comment ? », vu qu’elle revenait très souvent, j’ai cessé d’essayer de faire un vrai topo, mais je n’avais pas non plus envie de dire simplement « bien ».
Je partageais alors certains détails qui me venaient à l’esprit selon la conversation et qui m’amusaient, par exemple, la décoration porno-religieuse qui est très répandue chez les chauffeurs de bus, pour qui ce lieu mobile est leur maison. Le crucifix ou l’effigie à  l’avant, et le calendrier porno sur le côté gauche, du côté du cœur.
On ne peut jamais lire dans les transports en commun. La cumbia à fond et la conduite saccadée ne sont pas l’idéal pour la concentration. Par contre, les paroles des chansons, même si l’on veut pas, on s’en rappelle à vie.
Ou bien, le camion poubelle qui annonce son arrivée avec une grosse cloche et qu’il faut rattraper sinon il poursuit sa route et nous laisse avec nos déchets à la main, et devant rentrer avec jusqu’au prochain passage ou ramener soi-même à une décharge, qui n’est souvent qu’un terrain vague « autorisé » par la mairie.
Ou la fois où j’ai vu un chien errant traverser la route en empruntant le pont piéton, alors que les humains risquaient la peau en se faufilant entre les voitures, juste parce qu’ils avaient la flemme de monter les marches.
Il arrive souvent, surtout en ville, que les gens mettent leur chien sur le toit. Lire la suite

à jeun

 

  • J’ai rêvé que tu avais un double qui était méchant.
  • Et moi que tu partais. Tu ne crois pas que c’est plus simple de se réveiller et s’aimer en prenant le café?
  • Ce n’est pas si simple que ça.
  • Ah, bon?
  • J’ai peur de te tromper.
  • On n’est pas en couple. Tu n’as pas voulu. Fais-le et basta. Moi, je l’ai fait hier et je suis encore avec toi.
  • Mais moi, je ne pourrais te regarder pareil. Pas après lui. Les autres, c’est différent. Tu verras quand ça t’arrivera.
  • Ce n’est pas si compliqué que ça. J’ai réussi. Sur ton conseil.
  • Parle pour toi. Tu sais qu’on fonctionne pas pareil. Quand quelqu’un me plaît comme toi ou lui, je perds pied dans Paris.
  • Alors continue à souffrir d’envie, avec celui que je ne suis pas et qui ressemble à celui qui te veux du mal et qui n’est pas moi, et qui te plaît, apparemment.
  • Arrête de dire ça! Je vais te tromper, et tu seras content!
  • Non, c’est toi qui sera contente, c’est toi qu’y prendra du plaisir, pas moi. Comme moi hier.
  • Mmm… Bon, puisque c’est simple simple, c’est pas compliqué alors?
  • Oui. Et d’ailleurs on pourrait dire autre chose que “tromper”.
  • C’est vrai que c’est moche, ça fait culpabilité tout de suite. On prend le café pendant qu’on trouve un autre mot?
  • Avec plaisir. D’ailleurs, il faut pas forcément que ce soit un verbe.
  • Ça te dérange si je fume une clope?
  • Je t’ai connue comme ça et c’est chez toi.
  • Tant mieux, j’ouvre la fenêtre quand même.

Trêve de rêves de rats

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Blek le rat, Le guerrier, 2017

Abdoul a un visage marqué, on ne sait pourquoi ni par qui, il n’en parle à personne de connu. Les rides se faufilent sur son visage comme les sillages d’autres vies. Les cernes font partie de lui, mais depuis quelques semaines elles grandissaient sur sa peau mâte et dure. Son collègue surveillant, venu d’ailleurs aussi, le rejoint pour fumer une cigarette pendant la pause, le moment où il peut poser le balai et enlever les gants.

  • Dis-donc, Abdoul, tu fais la fête dernièrement ou quoi ?

  • Non, je ne bois pas, moi, dit-il d’un fort accent marocain et il sourit. C’est les putains de rats.

  • Quels rats ?

  • Là où j’habite, il y a des rats juste à côté de ma chambre. Je suis au rez de chaussé et pile derrière il y a le local poubelles. Les rats doivent être partout, je les entends ronger. J’ai peur pour ma vie, j’t’ jure, j’ai peur qu’ils arrivent à rentrer par le tuyau d’aération et qu’ils viennent me mordre.

  • Ça pourrait vraiment arriver ?

  • Mais oui, je suis aller voir pendant la journée et il suffit de ronger un faux mur pour qu’ils accèdent aux étages et chez moi.

  • Et t’as pas prévenu le propriétaire ?

  • Je vais faire ça aujourd’hui, mais, comment le dire?, je n’aime pas parler au téléphone, ça me donne des frissons. ça me rappelle des mauvais souvenirs, quand je suis arrivé et que je devais répéter tout ce que je disais, encore pire au téléphone. Tu peux appeler à ma place ? J’ai attendu un peu mais je ne fais que des cauchemars, je ne tiens plus. Quand j’arrive à dormir je rêve qu’ils me bouffent. J’en peux plus.

  • Tu m’étonnes. Viens, on va appeler de la loge, je n’ai plus de forfait.

  • Et moi, même pas de portable.

Ils ont rit et fumé. Lui, une clope toute fine, « presque que du papier, c’est presque pas fumer ».

En appelant, il a appris que le propriétaire était injoignable pendant quelques jours. Qu’il faudrait attendre. Attendre quoi ? s’écrie Abdoul, quand le téléphone est raccroché.

Ennui

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HOPARE, Technique mixte sur toile – 90 X 60cm, 2013

C’est peut-être pour ça que je ne m’ennuie jamais :
J’oublie plein de choses
à la vitesse de la ville.
Celles qui m’ont surpris et plu,
celles qui ont blessé et qui ont guéri.
Je suppose que j’oublie au cas où
et, sans doute, sans faire exprès,

entre deux métros,
Et quelques fois
jusqu’à mon prénom,
pendant un instant
mais, Yo-yo
revient toujours ;
faire le tour de la question
comme si c’était la première fois.

P’tite trace de Miguelito

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Seth, 2016?, Paris XIII

Une mère affolée arrive avec son enfant au cabinet d’Oliverio. Pendant l’entretien préalable, elle lui fait part des épisodes convulsifs de son fils, mais surtout :

– J’ai eu un appel de l’école et j’ai été convoquée parce qu’ils l’ont vu préparer et prendre une trace de Miguelito (poudre acidulée, salée, sucrée et pimentée, vendue comme bonbon) dans les toilettes, et une autre fois sniffer le graffite du crayon. Je ne sais plus quoi faire. Je l’ai aussi vu faire à la maison. Où est-ce qu’il a pu apprendre ça ? Je suis démunie (sanglots).

Il a dû prendre du souffle pour ne pas rigoler à l’image de l’enfant faisant semblant de se droguer. Il lui est venu à l’esprit le souvenir de lui-même faisant le même geste, mais avec de la poudre de craie à l’école primaire.

– Est-ce qu’il regarde la télé, madame ?

– Bien sûr, comme tous les enfants.

– Et vous surveillez ce qu’il regarde ?

– Je crois, oui.

– Est-ce qu’il va sur internet ?

– Plus que la télé, alors là… Indécrochable.

– Peut-être que les idées viennent de là, à moins que vous-même… Lire la suite