Morphine à volonté

Allongé sur le lit d’un hôpital miteux, c’est le premier moment que j’ai eu pour penser à comment et quand étais-je arrivé à me casser la jambe. J’attendais que l’anesthésie passe et ça n’allait pas être tout de suite. Je ne sentais rien à partir du cou. Ce n’était pas une sensation agréable, ça grattait, je pouvais bouger, mais tout était engourdi. C’était angoissant et il fallait donc se distraire avec d’autres pensées.

Quelque chose m’a semblé clair, ça était allé trop loin, et ça n’avait pas été pendant l’instant stupide où mon pied s’est coincé sur la base d’une grosse pierre que je m’étais cassé la jambe, ni au moment où je suis tombé en avant, laissant la jambe derrière moi. Non, j’avais commencé à me casser la jambe avant de me plier en deux et d’exécuter ce tour étrange en l’air pour libérer mon pied. Par terre, je pouvais voir la semelle de ma chaussure dans une position où je n’aurais pas dû pouvoir le faire. La douleur était déjà insupportable et amplifiée par cette vision anormale de mon corps quand mon pied pointait vers moi. À partir de cet instant, je n’ai pas pu penser normalement.

Heureusement, ou pas, il y avait deux autres gars avec nous. Jusqu’au moment du pied coincé, je n’avais pas réussi à savoir lequel des deux était celui qui avait invité mon quasi-ex-copine boire des coups dans un mirador pré-hispanique. Moi-même, j’avais emmené des filles à cet endroit depuis le collège. Et ça marchait toujours. Bien sûr qu’elle ne m’avait pas invité. Elle avait seulement dit « on n’est plus ensemble » et « je vais aller boire des bières avec un ami, et un de ses amis ». Rendu au point où on était, cela revenait au même, je ne connaissais aucun des deux, tout au plus les intentions de l’un d’eux. C’est pour ça, en fait, que j’étais là, plus que par l’envie de monter aux bains de Nezahualcoyotl observer la vallée de Mexico, avec sa couche grise de pollution entre la planche de béton, les montagnes et le ciel. Lire la suite

Trimballeurs

Tengo los lagos, tengo los ríos,
tengo mis dientes pa’ cuando me sonrío,
la nieve que maquilla mis montañas,
tengo el sol que me saca y la lluvia que me baña

Un desierto embriagado con peyote
Un trago de pulque para cantar con los coyotes .
Todo lo que necesito,
Tengo a mis pulmones respirando azul clarito
La altura que sofoca,
Soy las muelas de mi boca, mascando coca

El otoño con sus hojas desmayadas
Los versos escritos bajo la noches estrellada
Una viña repleta de uvas
Un cañaveral bajo el sol en Cuba

Soy el mar Caribe que vigila las casitas
Haciendo rituales de agua bendita
El viento que peina mi cabellos
Soy, todos los santos que cuelgan de mi cuello
El jugo de mi lucha no es artificial
Porque el abono de mi tierra es natural

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Calle 13, Latinoamérica, 2011

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Par José Narvaez

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Trimballeurs :
sachez que j’appartiens a la maison détruite des peuples.
Je descends de vos trimballeurs d’or
je descends des trimballeurs de villes,
je cherche sans cesse une demeure auprès des miens oui
ces miens sans demeure…
regarde mon ami(e) :
nous appartenons à cette terre
déracinée de l’attachement aux plantes; aux animaux;
à cette sagesse ancienne
égarée dans la modernité et dans l’urbanisme en chaîne.
Tout ceci fait malgré nous partie du processus.
Voici notre nouvelle identité personnelle qui se développe ;
accumulation de l’expérience: tu es un dédale.

Il nous faut absolument apprendre à repenser par nous-mêmes.

Trimballeurs:
depuis la mort, regardez votre reflet dans ce miroir tronqué:

regardez ce fruit que vous avez laissé, pourrir de main en main ,
sachez qu’un jour il redeviendra
un fruit du monde
sachez que nous aurons le courage de guérir
nous sommes ce nouvel entonnoir
par le monde prévu à cet effet.

Regardons nous, républiques de 500 ans!
Enfants rebelles des politiques de mort!
Comment?
Vous vous fâchez que nous n’acceptons pas ce nouveau bâton? Lire la suite

Milonga* pour une belle / Zitarroza / Milonga para una niña, 1970

Celui qui a vécu en expiant une peine / / El que ha vivido penando,

à cause d’un mauvais amour / / por causa de un mal amor

ne trouve rien de mieux / / no encuentra nada mejor,

que de chanter et de penser. / / que cantar y de ir pensando.

Et s’il a bien calculé / / Y si anduvo calculando,

quelle culpabilité pourrait-il avoir eu / / qué culpa pudo tener,

lorsqu’il voit qu’une femme / / cuando ve que una mujer

ne connaît pas d’obligations, / no conoce obligaciones,

qu’elle se console avec des chansons / / se consuela con canciones

et qu’elle oublie d’aimer. / / y se olvida de querer.

C’est pour ça, ma belle, je te prie / / Por eso, niña, te pido

de ne pas me garder rancune. / / que no me guardes rencor,

Je ne peux pas te donner de l’amour / / yo no puedo darte amor,

et toi, tu ne peux pas me donner de l’oubli. / / ni vos podés darme olvido.

Je savais qu’à la moindre distraction / / Yo sé que en cualquier descuido,

j’allais heurter le sol, / / me iba a bolear contra el suelo,

et même si tu m’offres ton épaule, / / y aunque me ofrezcas consuelo

je ne peux pas l’accepter. / / yo no lo puedo aceptar,

Je peux t’apprendre à voler / / Puedo enseñarte a volar,

mais pas suivre ton envol. / / pero no seguirte el vuelo.


Je ne peux pas te tendre / / Yo no te puedo entregar,

un cœur éteint, / / un corazón apagado

quand celui-ci défaillit / / cuando falla el del costado

il n’y a rien à discuter. / / no hay nada que conversar

Il y a une façon d’aimer/ / Hay una forma de amar

qui est une sorte de conscience. / / que es un modo de conciencia

Il y a un amour qui est de la patience / / hay un amor que es paciencia

et un autre, qui n’est qu’aromatiser. / / y otro que es sólo aromar

Quel amour pourrait te donner / / ¿ Cuál amor te podría dar,

celui qui aime ton innocence? / / quien amara tu inocencia ?

Quand je te retrouverai / / Cuando te vuelva a encontrar,

nous pourrons nous sourire, / / nos podremos sonreír,

je préfère te voir partir / / prefiero verte partir,

tel que je t’ai vue arriver. / / como te he visto llegar.

Quand tu repenseras / / Cuando vuelvas a pensar,

qu’autrefois je t’ai connue / / que una vez te conocí,

et que rien que pour le plaisir, / / y que nomás porque sí,

je t’ai composé une chanson / / te compuse una canción,

ça chantera dans son cœur, / / cantará en tu corazón,

le petit peu que je t’ai donné. / / lo poquito que te di.

* Milonga: musique populaire de l’Argentine, l’Urugay et le Paraguay, proche du tango, mais de rythme plus rapide.

Traduction Pavel García