Pas de vol mais pas de bol

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Que la cosa tiene guasa,
yo me meto en la cama,
y así los nervios me se pasa.

Que no hay jachís,
que que que que no hay jachís

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Ojos de brujo,  No hay jachís, Vengue, 1999

Nous étions allés à la cité voisine, comme tant d’autres fois, faire nos courses de ce qui ne se vend pas au supermarché ni à l’épicerie, pour des raisons d’hypocrisie étatique et capitaliste, qui crée des malades et le puni ensuite.

Y avait-t-il une raison spéciale pour aller ce jour là? Je dirais que oui. Je veux dire qu’on ne fume pas que lorsque c’est l’anniversaire de l’un de nous, amis et colocataires, mais ce soir là j’en avais spécialement envie. C’était mon quarantième anniversaire et je voulais un « petit truc », de la résine et de la salade, peu m’importait. François n’a pas eu d’inconvénient à m’accompagner dans cette mission que je détestais.

On connaissait la mécanique, on n’est pas fiers de s’y rendre souvent, mais on n’a pas honte non plus, tout comme quelqu’un qui va bar ne remet mas en cause son envie. Certes, la loi ne nous y autorise pas, mais on s’était dit que la tolérance nous suffisait ce soir-là aussi, comme depuis notre adolescence.

On sortait de la cité et on se dirigeait déjà vers la maison en suivant l’avenue principale, lorsqu’une voiture qui roulait dans le même sens que nous s’est arrêtée net, puis a foncé en marche arrière pour nous rattraper. Trois gars très costauds sont descendus à toute vitesse  et à l’unisson. Il se sont se présentés comme étant de la police judiciaire. François et moi on s’est regardé, on le savait, on était foutu et nos courses étaient dans ma poche. On savait ce qui allait arriver, ou plus ou moins. Pourtant la première demande de celui qui parlait m’a pris au dépourvu:

  • Allez, on fait vite, mets la capuche! m’a-t-il ordonné d’un ton autoritaire.
  • Quoi?
  • On dis pas quoi, on dit pardon, et fais pas le con, mets la capuche!

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Taxi BAC

Sube al taxi, nena,

los hombres te miran,

te quieren tomar

Monte dans le taxi, ma belle,

les hommes te regardent,

ils veulent te prendre

Spinetta, Cantata de puentes amarillos, Artaud (Pescado rabioso), 1971

Il est une heure du matin. Johanna a bien mis son réveil pour ne pas rater le rendez-vous du soir. Fraîche d’esprit et d’hiver, elle a marché d’un pas martial les cent vingt mètres qui la séparaient du métro. Elle était occupée pendant la semaine et ne prenait ce transport que lorsqu’elle faisait la fête. Elle a oublié la lunditude de la soirée et s’est retrouvée dans la rue.

Le taxi n’était pas une option financièrement convenable. Elle était responsable de la régie pour les amis qui l’attendaient. La solution la plus adéquate qui lui est venue à l’esprit a été de lever le doigt comme l’a fait Kerouac tant de fois. Sauf que Kerouac n’était pas une fille blonde en mini-jupe et manteau à Paris et il n’était pas allemand non plus.

Trois voitures ont défilé sans s’arrêter. La quatrième a répondu à l’appel :

  • Bonsoir, excusez-moi, vous pourriez m’emmener à Montmartre ? j’ai perdu le dernier métro et je dois y aller.

  • Vous demandez comme ça, a des inconnus, au milieu de la nuit de vous prendre dans leur voiture ?

  • Vous avez de la chance, a dit une deuxième voix en provenance du siège arrière, nous sommes de la BAC.

  • De la quoi ?

  • Des policiers, mademoiselle. Ce que vous faites est dangereux pour vous. Vous avez vraiment de la chance que ce soit nous et non pas quelqu’un d’autre.

  • Vous êtes des policiers ? Pourquoi vous n’avez pas d’uniforme ? Et la voiture ? Ce n’est pas une voiture de flic.

  • On ne dit pas « flic », mademoiselle, on dit « policier » ou « forces de l’ordre », mais pas ce mot là.

  • Désolée, je suis en Erasmus et c’est le mot que j’écoute partout.

  • Ça arrive, ça arrive. Voici nos pièces d’identité.

Elle s’est penchée vers la porte pour les lire. Lire la suite