Coucou, ma fille

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Blutch. Sans titre. 2010. © Dargaud

« Hijo de tigre, pintito ».

Dicton Populaire

Un jour, au retour du travail du cyber-café et sur le chemin vers chez elle à Texcoco, Mexique, Ila a croisé, au coin de la rue, son père qu’elle avait enterré deux ans plus tôt. Son portable est tombé par terre et il s’est brisé. Elle était en train de répondre à Clara, concernant son copain macho, qu’elle lui conseillait de quitt…

– N’aies pas peur, Ila. C’est bien moi, ton père, je ne suis pas mort, lui dit-il en la tenant par l’avant bras. Elle se défend et crie :

– C’est quoi ce bordel ?, elle pleure à l’instant ; c’est quoi ce bordel ?, elle se tient la tête entre les mains et crie encore ; t’es qui, toi ? Mon père est mort ! T’es qui , toi ?, elle s’éloigne effrayée.

– C’est moi, Ila. Je ne suis pas mort, j’ai dû me cacher pendant tout ce temps. On voulait ma peau.

– Quoi ? Et moi, j’ai enterré qui alors ? Et j’ai pleuré la mort de qui ? C’est pas vrai, c’est pas vrai ! tu n’es pas là ! C’est pas vrai, c’est pas vrai ! J’ai vu les photos de ton corps criblé de balles, comme ça devait arriver quand tu traites avec les narcos et que tu es un flic corrompu et un mauvais père, comme toi ! Non, ce n’est pas vrai ; ce n’est pas vrai, tu n’es pas mon père !

– Ila, je ne pouvais rien te dire, sinon on vous aurait tué, toi et toute la famille. Tu sais qu’on est au Mexique, la vie ne vaut rien ici ! Tu niques les autres ou tu te fais niquer!

– Oui, et quand tu meurs tu niques tes proches quand t’es un mafieux. Des gens sont venus nous pointer avec des mitraillettes, notre seul tort était de t’avoir connu. Tu étais un truand ! Un sale voleur en uniforme ! C’est pour ça qu’on t’a tué ! Et tu n’avais rien à foutre de nous ! Quand est ce que tu m’as filé de l’argent ? Noooooon ! Tu venais que quand tu étais bourré et que tu te sentais coupable de m’avoir abandonnée avec les grand-parents après la mort de ma mère. Tu m’a sauvée, si tu veux, la vie avec toi aurait été un enfer, connard ! T’es pas mon père ! Mon père est mort et je l’ai enterré ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! C’est pas vrai tout ça !

– Ila !, il la prend par le bras. Lire la suite

Faut pas que tu prennes froid, cariño (suite histoire précédente)

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Blutch, La beauté, 2008

Sube al taxi, nena,
los hombres te miran,
te quieren tomar .

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L. A. Spinetta, Cantata de puentes amarillos, Artaud, 1973

C’est cette pensée à propos de la bienveillance de ou envers les noctambulos qui m’a fait penser à l’un des peu d’amis avec qui j’ai un contact constant au Mexique, au bout de dix ans à l’étranger : Oliverio. J’y ai passé tout le trajet qui me séparait encore de l’hôtel pour lequel j’étais prêt.

Oliverio est difficile à décrire, faisons alors comme font le gens d’ici lorsqu’ils demandent « tu fais quoi dans la vie ? » : c’est un psycologue-professeur-rockeur-écrivain-père adoptif. À quoi il ressemble ? Il a des longs cheveux lisses et un épaule qui se déboîte de temps en temps, même en concert, et qui adore la bière autant que Bukowski. Vous le reconnaîtriez, si vous le croisiez dans les rues de Mexico, à son regard bienveillant derrière une paire de lunettes. Peut-être surtout aux cheveux qu’il a décidé de teindre en jaune aux pointes rouges et qui a fini par être beaucoup plus blond que dans imagination et lui a laissé de flammes plus voyantes qu’il ne l’aurait voulu.

C’est pendant sa période bukowskienne que son histoire a lieu, quand il se plaisait à aller boire des bières au table-dance le plus miteux du coin, prendre de notes pour des chansons et des poèmes. On a tous imité nos idoles, sauf que les conditions de travail des filles étaient beaucoup plus sombres que celles de Los Angeles de son maître d’aventures et cela l’a dégoûté. Il s’était rendu compte qu’au prix de la bière au comptoir, et même s’il avait pris un « privé » ou un « service complet », les filles devaient gagner une misère. Il y en avait une qui lui avait paru spécialement triste et joyeuse à la fois. Il s’est reconnu dans son attitude : elle devait être en train de penser par intervalles qu’elle ne voulait pas être là, pour penser ensuite qu’elle était déjà là, et qu’il valait mieux profiter de son travail et de son temps. Ou c’est au moins ce qu’il a décidé de penser.

Il n’allait tout de même pas céder à la tentation de payer un « privé », seulement pour la rencontrer. Le patron était un être écœurant, gros, au visage gras, au sourire sardonique, au ton de voix de patriarche et goujat, aux doigts remplis de bagues de mauvais goût, malgré l’or et les pièces précieuses. La meilleure fleur de la région, sans doute. Il n’aurait pu laisser un seul sou à cet énergumène. Il a laissé tomber et il est parti de cet endroit pour ne jamais revenir.

Un jour, Lire la suite

Aimer encore

Blutch, la beauté, 2008

Par José Narvaez

 

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Je crois qu’hier j’ai atteint

le dernier échelon du masochisme,

quand je me masturbais

et pensais à toi avec d’autres hommes.

Je pensais à cette pratique abjecte

aussi la mienne

de collectionner la chair

comme en cherchant son corps dans celui des autres;

C’est comme ça que je t’ai connue

toi et ta propre incubation

habituée à ton démon

tu criais à la rédemption d’un nid

on s’est adhéré

avec une intimité vorace

et, cependant, avec cette intention

adolescente;

timide;

on a contredit une source infatigable du désir

hérétiques

on s’est interdits

à notre propre coutume

de nous écorcher dans les nuits

mutants

vacillant pour toujours entre

notre décadence et notre lumière;

on s’est fait face avec une certaine méfiance,

maladroits

de faire de nouveau de l’amour un rêve plus concret. Lire la suite