Si I

Si vous croyez que votre animal de compagnie vous comprend quand vous lui parlez, c’est bien ça. Si, au contraire, vous pensez que les animaux vivent dans un présent sempiternel et qu’ils ne s’attachent pas à vous que parce que vous les nourrissez, c’est bien ça aussi. Dans ce cas là, demandez vous pourquoi vous en avez un, ou peut-être bien vous le savez mais vous lui parlez quand même. Lorsqu’on en a marre de parler à soi-même, n’importe quel être qui réponde à notre parole en nous adressant un regard, fait l’affaire. Nous sommes des êtres né dans le miroir du regard qui nous apprend d’abord les gestes, puis les mots.

Si vous préférez parler à un dieu parce que vous trouvez cela plus pratique et moins cher. Personne ne vous dira que c’est mal, ayez juste la gentillesse de ne pas dire que votre dieu est le vrai dieu et de laisser les autres avec les leurs ou sans.

Si vous ne croyez pas en dieu et vous n’aimez pas les animaux, c’est peut-être que vous n’avez pas peur de la solitude et que vous lisez, ou que vous regardez la télé, ou que vous êtes en paix, ou que vous n’avez pas le temps d’être seul étant tout le temps accompagné (par un famille par exemple). Ou bien, c’est peut-être que vous aimeriez bien, mais que vous êtes allergique aux poils, au miaulements ou à la salive de chien. Si celui-ci est votre cas, vous avez encore les animaux de compagnie virtuels, c’est un peu comme vos amis facebook, sauf qu’ils ne parlent pas.

Pour tous le cas, nous vous demandons seulement une chose, ne prenez pas un de ces caniches moches et nerveux, il n’y a rien de plus triste que quelqu’un qui choisit un chien moche ou un chat sans poils.

Trois chiens errants se disant Adieu au Mexique

Je voudrais pas crever
avant d'avoir connu
les chiens noirs du Mexique
qui dorment sans rêver
Boris Vian, Je voudrais pas crever, 1952
Nous trois, quand on était jeune

Nous trois, quand on était jeune

Nous partîmes ailleurs chercher la bonne vie et

nos mères aboyèrent amèrement. Puis, sereines,

elles nous virent prendre la route à quat’pattes.

Elles étaient errantes aussi, des migrantes à vie,

Parties d’horizons oubliés, chienne de vie

pour des chiens sans maître, sans nature et sans

ancêtres, mendiant parmi les hommes obèses,

de chasseurs à clochards, mais rien à faire ici.

C‘est pourquoi nous partîmes. On entend dire « Oublie !,

trace ta route et trouve-toi un casse-croûte ! »

Les chiens poursuivent leur route, mais n’oublient pas.

Y‘a mon pote, qu’un mec appela « Marronnier »,

et qu’un vrai clochard chassa à coups de guitare,

et qui pleure depuis, et musiques, et adieux.

 

 

C’est qui?

Si vous entendez la sonnette et que vous n’attendez personne mais que vous êtes affamé, ouvrez, cela peut être un livreur de pizza qui s’est trompé d’adresse et qui ne vous connait pas.

Vous pourrez lui dire que vous l’attendiez avant d’aller chercher l’argent et de le payer. En fin de compte, c’est tout ce qu’il veut et vous aussi. C’est ce qu’on appelle « une bonne rencontre ». Agissez avec naturel, vous n’êtes probablement plus habitué comme tant d’autres citadins, à ce type de convergence urbaine positive, mais laissez le hasard faire ce qu’il sait faire, et ce sans culpabilité, puis mangez. Si vous croyez que vous mentez mal, donnez un pourboire, cela rendra la situation d’autant plus naturelle.

Par contre, si le livreur est un chien, comme sur l’image, demandez vous seulement comment il a fait pour sonner avec la pizza sur le dos sans la faire tomber. Vous pouvez aussi vous épargner le mensonge et le « merci », voire toute communication verbale. Par contre, payez, il risque d’être dressé à demander son dû à coup de morsures.