Trente fleurs chinoises

236

Du haut de mes trente fleurs,

je m’assois sur le trottoir,

près du caniveau

et je m’en fous.

Du haut de ma robe

et mes basquettes bariolées,

mal assorties,

à ce qu’on dit.

Je suis chinoise,

mais je n’ai plus de pays,

il ne me reste que le passeport

dans ma poche,

à midi,

à la Courneuve.

Ni tort ni raison,

je vole au gré du vent,

comme mes cheveux à l’instant,

je n’ai plus d’âge.

Mais eux,

ils ne savent pas.

Les immigrés sont d’emblée

jamais à l’heure,

me dit-on,

alors je m’assieds,

puisque je suis née en retard,

parait-il,

penser à l’avenir,

de toute façon,

je n’ai pas le choix.