à bord de la maison, sur le balcon

Hayao Miyazaki, Le château ambulant, 2004

 

 

Maeva m’avait prévenu qu’elle était sur le point de partir en soirée. Elle m’avait invité pour que je vienne avec elle mais je n’avais pas envie, car à peine étais-je arrivé du travail. Je me trouvais alors dans un de ces moments où on vient de déposer les affaires et où, le fait de penser à replonger dans la ville, semblait impossible.

J’ai décliné l’invitation et je suis monté dans ma chambre au quatrième étage de l’étroite maison haute qu’on habite, rue Franklin. Les quatre chambres ont une fenêtre qui donne sur la rue. J’ai déposé mon sac, j’ai pris une cigarette et je me suis dirigé vers l’étroit balcon de la fenêtre. Celui-ci est conçu pour qu’on tienne debout, appuyé sur la balustrade, mais non pas pour fermer la porte derrière soi sans déclencher une sensation de métro en heure de pointe.

Malgré cela, j’ai fermé la porte. Il fallait donc s’asseoir, le dos tourné vers le coté étroit du parallélépipède, le corps longeant la porte et la balustrade. Quand j’avais trouvé une position confortable et m’apprêtais à sortir le briquet pour allumer ma cigarette, Maeva a fermé la porte à clef. Le son est monté en rebondissant d’une façade à l’autre de la rue, jusqu’au quatrième étage. Elle ne m’avait pas prévenu qu’elle prendrait la maison avec elle ce soir. Elle a dû l’oublier parce qu’elle sortait fêter la réussite de son examen. C’est vrai que je ne suis même pas passé par la cuisine, où j’aurais pu trouver le mot, si elle en avait écrit un.

Élucubrations de déracinement de maison, oui, j’appellerais ça comme ça, ce premier mouvement de la maison quand elle se prépare pour suive son maître. Elle se lève d’abord à la vertical, pas beaucoup, d’un peu plus d’un mètre, pour sortir ses extrémités, tel un arbre qui deviendrait bipède.

Comme on ne prend jamais la maison quand il y a quelqu’un dedans, j’avais oublié que la secousse est considérable. On en a eu tous le droit à un moment donné, depuis le temps qu’on habite ensemble, sauf elle.

La maison a commencé à la suivre. Je m’attendais à ce qu’on fasse un boucan terrible, mais les pas de l’immeuble étaient silencieux et il n’y avait pas de circulation dans les rues. C’est pour ça qu’elle ne s’est pas aperçue que la maison allait derrière elle depuis chez nous, soit depuis dix rues. Lire la suite

Le dernier lit

James Thierrée, La Symphonie du hanneton, (La sinfonía del abejorro) 1998.

que j’eus et qui n’appartint à personne d’autre fut celui dont ma mère me fit cadeau dans la maison qu’elle finit de construire pendant que j’étais en voyage.

Je ne pus pas l’utiliser, car j’étais retourné en pensant à reprendre l’émancipation que je forçai à seize ans. Malgré cela, ma mère voulut mettre un lit à ma disposition dans sa nouvelle maison.

Ce fut une trahison pour elle que de ne l’avoir utilisé que quelques mois. Depuis, je n’eus pas de lit.

Les matelas s’ensuivirent, quelques une-place, puis deux-places ; ils firent suite aux matelas partagés avec mon meilleur pote quand on habitait à quatre dans vingt mètres carrés, lorsque je me fis virer de la maison.

Les matelas défilèrent depuis, toujours posés par terre. Il y eut aussi la période clic-clac avec le sillon aux grosses coutures du milieu ; ou encore le matelas pour canapé-lit sans canapé-lit, mais jamais de sommier pour finir la conjugaison de base d’un lit contemporain minimal, avec quatre pattes et des lattes.

Le matelas par terre , que je nommerai « lit » d’ici la fin du texte, étant donné qu’il avait la fonction entière même sans sommier, a l’avantage de ne pas accumuler de la poussière qui monte au moindre courant d’air pour rentrer dans le tissage fin du matelas et remonter peu à peu vers le système respiratoire.

Par contre, il faut nettoyer les bords fréquemment. Ce côté « faible » de la propreté, peu être réduit en mettant le matelas dans un coin de la pièce, réduisant la surface exposée à la poussière de cinquante pour cent.

De coin en coin, les années passèrent.

L’endroit où je vis est le premier lieu où je demeure pendant plus de six mois. Depuis, cela fait six ans et deux matelas qui furent ensuite recyclés par la colocation.

Mon lit actuel c’est Chaghig qui me l’a laissé, à la fin de l’année qui laissa une touche orientale dans la maison. Je ne sais pourquoi mais cette année là, ça me rassurait d’avoir quelqu’un qui sache lire, écrire et parler l’arabe. Plus l’espagnol et le français, je sentais qu’on était forts, prêts pour affronter ce monde en nous entraidant dans son déchiffrage, pour agir ensuite à partir de la tranchée de l’art, avec un message de paix, mais sans oublier qui sont les ennemis qui traquent les marginaux (c’est au moins l’idée). Lire la suite