« Ain’t no sunshine when she’s gone » et un batteur suspicieusement joyeux

Bill Withers chante amèrement la solitude que laisse en lui l’absence de son aimée. Une vidéo datant des années soixante-dix fait office de preuve. On peut voir que la chanson vient d’une blessure profonde, de la marmite personnelle du regret. Il ne pleure pas. Il transpire. Il chante un triste si j’avais en disant ain’t no sunshine when she’s gone.

Dans tous les cas, il nous dit lui-même qu’il n’a pas vu la chose venir. On dirait qu’il s’est retourné pour chercher quelque chose sur la table de nuit, le briquet ou le réveil, par exemple, et que, quand il a regagné sa position d’origine, elle était déjà partie, et il n’a pas pu s’en rendre compte :Wonder this time where she’s gone.

Il était peut-être bourré quand elle est partie et c’est pour ça qu’il ne l’a pas vu quitter la chambre. Ou bien, elle n’est pas partie d’un coup, mais à petits pas, pendant qu’il était concentré sur sa carrière. Un jour, elle a tout simplement fini de partir, comme tous les amours qui se diluent dans la négligence jusqu’à l’effacement, laissant du regret en échange.

Ce que Bill ne nous dit pas c’est pourquoi elle est partie. Il parle juste des ravages, comme le villageois qui regarde sa cabane dévastée par l’ouragan, le livrant à la nature et à la pauvreté. Seuls elle et lui sauront ce qui s’est précisément passé. Mais où est-elle partie, ça, nous pouvons peut-être le savoir grâce à la vidéo. En plus il paraît que ce n’est pas la première fois : every time she goes away. Lire la suite

Trois chiens errants se disant Adieu au Mexique

Je voudrais pas crever
avant d'avoir connu
les chiens noirs du Mexique
qui dorment sans rêver
Boris Vian, Je voudrais pas crever, 1952
Nous trois, quand on était jeune

Nous trois, quand on était jeune

Nous partîmes ailleurs chercher la bonne vie et

nos mères aboyèrent amèrement. Puis, sereines,

elles nous virent prendre la route à quat’pattes.

Elles étaient errantes aussi, des migrantes à vie,

Parties d’horizons oubliés, chienne de vie

pour des chiens sans maître, sans nature et sans

ancêtres, mendiant parmi les hommes obèses,

de chasseurs à clochards, mais rien à faire ici.

C‘est pourquoi nous partîmes. On entend dire « Oublie !,

trace ta route et trouve-toi un casse-croûte ! »

Les chiens poursuivent leur route, mais n’oublient pas.

Y‘a mon pote, qu’un mec appela « Marronnier »,

et qu’un vrai clochard chassa à coups de guitare,

et qui pleure depuis, et musiques, et adieux.