Bébé coyote

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Rufino Tamayo, Coyote, 19??

La migra nos la pela

y los muros los brincamos,

y tú pasas porque pasas,

pasas porque pasas,

run, coyote, run

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El Tri, El Blues del coyote, 2017

Andrea était partie aux États-Unis quelques mois auparavant, vers New-York, rejoindre son mari parti lorsqu’elle était enceinte, et voilà qu’il fallait recommencer tout de suite parler au coyote et au pollero.

Ces deux espèces animalières se partagent les fonctions. Le coyote se charge de l’accueil et des démarches administratives pour le départ vers la frontière : billets, repas, nuitées, mordidas aux flics sur le trajet, ainsi que le contact d’un associé pour fournir les faux papiers à l’arrivée. Le pollero, dérivé de pollo (poulet), tiens son nom de la file indienne que forment les clandestins mexicains derrière lui pendant qu’ils traversent le désert, comme une poule et ses poussins. C’est donc lui qui fait le plus sale boulot. Mais c’est aussi eux qui peuvent être les pires malfrats et profiter de la détresse des proto immigrés et les dépouiller, les abandonner aux éléments ou les livrer à la Migra. C’est une pièce en l’air, que d’avoir affaire à ce genre de personnes.

Andrea avait eu de la chance et son mari aussi. Elle était déjà au Bronx, malgré la soif du désert et l’asphyxie des cachettes des camions ; malgré la peur et la sensation que toute cette cavale ne pouvait pas être réelle. Elle avait une fausse pièce d’identité avec son vrai nom marqué dessus, même si elle ne parlait pas encore un mot d’anglais. Son mari, originaire du Suchixtlan aussi, dans l’état sud de Oaxaca, avait déjà un travail et semblait se débrouiller avec l’anglais. Lui aussi était arrivé par le même parcours, avec les mêmes coyote et pollero. C’est sur cela que reposait la confiance aveugle de son mari qui n’attendait que son feu vert pour composer le numéro du coyote avec qui il avait déjà effleuré le sujet à son départ.

– En plus c’est lui qui m’a donné le numéro du propriétaire, c’est un bon gars, il essaie d’aider les gens de Oaxaca.

– Et il se fait de l’argent aussi, il faut pas l’oublier, c’est pas un super-héro non plus.

– Et sinon qu’est-ce qu’on fait ? ! a crié Tomàs, on retourne au Pueblo ? Quoi faire ? On n’a pas fait d’études, je te le rappelle, on n’avait aucun avenir là-bas.

– Je sais ! Je sais ! Je sais ! Tais-toi !

– T u es bien arrivée n’est-ce pas , ma chérie… ?

– Oui, mais c’est notre bébé dont un parle, et de le confier à un coyote. Lire la suite