Un rêve étrange

Hopare, 2014

J’ai fait un rêve étrange,

il y avait des anges,

des singes,

des sages gitans

songeant aux cieux ;

Il y avait des spirales soucieuses

de leurs trajectoires,

anéanties par la pesanteur

d’un astre,

pleines de désespoir,

jalouses des galaxies,

destinées à errer dans l’univers

en tournant en rond ;

Il y avait des pies

qui prenaient un bain dans une flaque

et des piégeons dans le grenier de chez moi.

Il y avait le bleu froid

d’une mer profonde

où personne n’ose se baigner,

et des auréoles verdâtres

à tous les horizons.

Il y avait de la musique ancienne

en une langue lointaine,

qui réchauffaient le cœur,

et aussi la demeure d’un ermite

qui chassait les étoiles au lance-pierres

pour mieux voir les anneaux de Saturne ; Lire la suite

Poulet rôti et un chat d’autrefois

   Hopper, Summertime, 1943

Je failli rater la station en raison d’une discussion intéressante avec deux des mes colocs qui allaient dans le métro vers la maison. Je suis descendu d’un wagon qui ressemblait plus à un TGV et sentait frais et propre ; pas comme le poulet rôti qui était dans ma main gauche, enveloppé dans le typique sac rose de la boucherie musulmane du quartier, halal bien entendu, se volatilisant un peu à travers le nœud papillon par lequel je le tenais.

Je n’avais pas faim, je suis sorti du métro et j’ai eu un malaise. Je me disais qu’il aurait mieux valu écouter mon propre conseil de ne pas fumer avant de sortir. Surtout parce que j’avais un rendez-vous. J’ai eu du mal à me saisir à la rampe. Je me suis accroupi sur les marches qui dirigeaient vers la sortie, quelques mètres plus bas.

Le malaise a fini par s’évaporer. Je me suis levé et j’ai ramassé le poulet de la marche inférieur où je l’avais posé. J’ai traversé l’entrée-sortie en me disant que cela ne servait à rien d’avoir un poulet quand on n’a pas moyen de le manger. Même pas du pain. Bien sûr que j’aurais pu croquer directement une cuisse, ou le blanc ; mais je savais aussi que je ne pourrais jamais finir le poulet en entier, ayant l’appétit modéré et plutôt une grande soif.

La rue de la station était celle où je devais me rendre. La question est que je ne voulais pas arriver au rendez-vous avec un poulet croqué et je n’avais pas le temps non plus de m’asseoir pour manger le poulet de façon propre, histoire de ne pas arriver avec du poulet de partout et les mains grasses.

Les maisons étaient toutes de couleurs différentes : violet, vert olive, beige, jaune, bleu ciel, gris, rouge Bordeaux.

Devant la grille de la maison blanche, une petite foule essayait de voir ce qui arrivait au dessus de la grille en bois. Il y avait des murmures. Je suis allé comme une abeille à une fleu, les humains aiment savoir « ce quisse passe ». Pour avancer plus vite, j’ai pris le poulet avec la main, le tenant par les cuisses. Mes doigts se sont enfoncés légèrement sur la chair plastifiée.

Deux curieux, éloignés du groupuscule, donnaient leur avis sur la situation avec un ton sérieux comme s’ils parlaient politique. J’ai pu entendre « ça va arriver », et « faut bien qu’on le voie ». L’un deux écoutait mais ne s’exprimait pas visuellement concernant ce qui lui était raconté, du moins je ne l’ai pas vu.

Ceux qui étaient devant la grille se tenaient au bord pour se soulever un peu, les talons levés, les yeux grand ouverts, le nez vers le haut. Il n’y avait que des hommes, habillés avec diverses tonalité de gris, des pantalons classiques, des chemises blanches avec le premier bouton ouvert, laissant voir les sous-vêtements, chaussés en cuir noir et semelles de celles qui font craquer le cailloux et crisper les poings en marchant, grinçants comme une craie au milieu d’un dîner parfait.

J’ai eu soudain moins envie de m’approcher. J’ai serré un peu le poing, les cuisses du poulet failli se détacher, surtout parce que je l’avais commandé bien cuit.

Ça grouillait, donc ça grinçait, donc, j’ai serré encore plus le poulet devant la laideur auditive de leurs pas. J’ai alors entendu un « miaaaaaauuuuuuuuuuuuuuu ». Lire la suite

Le curseur défilait vers le bas

Par Thyphaine Guilloux

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Moteur de recherche. Mots clés. Entrée. L’encyclopédie des temps présents et à venir. Condensé de données, flux circulant d’un point A à tous les autres. Sans autre destination que l’infinitude du reste du réseau. Banque d’images, les éléments semblaient être soumis à une relation texte-image plus qu’aléatoire. Sur l’onglet d’à côté, une page ouverte mentionnait l’inexistence de l’objet recherchée. Disparu, rayé du réseau, peut-être, on payait bien des gens pour faire le tri. Du rouge, sombre, et étonnament proche du bleu. Nuance infime et décisive qui allait si bien à ces jours, qui nous avait dépassés. Les craquelures du bas droit, à force d’avoir repassé pendant toute une journée cette partie-là, insatisfait du résultat. L’archivage avait pourtant eut lieu. Passage obligé de la numérisation pour le contenu de certains lieux qui allaient disparaître. On y avait cru sans s’y attendre. C’était cette croyance qu’on véhiculait, plus qu’autre chose. L’immatérialité dans ses possibles, en parallèle du monde concret. La destruction, peu la soutenait véritablement. Mais en vecteurs inconscients d’une pensée qui nous échappait déjà, le retournement fût vite opéré.
Il y avait cet après-midi que j’avais passé à côté, à lire mon bouquin, et ce foutu coin droit qui changeait d’aspect toutes les heures. On avait ensuite changé la toile de lieu, faute d’espace. On s’en rendit compte un peu plus tard, mais en réalité, ce fût un des derniers peint dans l’atelier.
Les yeux rivés sur l’écran, tapant et retapant des mots dans la barre de recherche, je m’obstinais à tenter de retrouver cette image, quête absurde d’un élément dont j’avais moi-même organisé la destruction matérielle. Vagues souvenirs d’une époque lointaine dont les images se tarissaient, pour
assourdir les regrets d’une volonté aussi certaine qu’inconsciente. Dans la petite barre de recherche rectangulaire, le tiret vertical noir continuait de clignoter.

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à bord de la maison, sur le balcon

Hayao Miyazaki, Le château ambulant, 2004

 

 

Maeva m’avait prévenu qu’elle était sur le point de partir en soirée. Elle m’avait invité pour que je vienne avec elle mais je n’avais pas envie, car à peine étais-je arrivé du travail. Je me trouvais alors dans un de ces moments où on vient de déposer les affaires et où, le fait de penser à replonger dans la ville, semblait impossible.

J’ai décliné l’invitation et je suis monté dans ma chambre au quatrième étage de l’étroite maison haute qu’on habite, rue Franklin. Les quatre chambres ont une fenêtre qui donne sur la rue. J’ai déposé mon sac, j’ai pris une cigarette et je me suis dirigé vers l’étroit balcon de la fenêtre. Celui-ci est conçu pour qu’on tienne debout, appuyé sur la balustrade, mais non pas pour fermer la porte derrière soi sans déclencher une sensation de métro en heure de pointe.

Malgré cela, j’ai fermé la porte. Il fallait donc s’asseoir, le dos tourné vers le coté étroit du parallélépipède, le corps longeant la porte et la balustrade. Quand j’avais trouvé une position confortable et m’apprêtais à sortir le briquet pour allumer ma cigarette, Maeva a fermé la porte à clef. Le son est monté en rebondissant d’une façade à l’autre de la rue, jusqu’au quatrième étage. Elle ne m’avait pas prévenu qu’elle prendrait la maison avec elle ce soir. Elle a dû l’oublier parce qu’elle sortait fêter la réussite de son examen. C’est vrai que je ne suis même pas passé par la cuisine, où j’aurais pu trouver le mot, si elle en avait écrit un.

Élucubrations de déracinement de maison, oui, j’appellerais ça comme ça, ce premier mouvement de la maison quand elle se prépare pour suive son maître. Elle se lève d’abord à la vertical, pas beaucoup, d’un peu plus d’un mètre, pour sortir ses extrémités, tel un arbre qui deviendrait bipède.

Comme on ne prend jamais la maison quand il y a quelqu’un dedans, j’avais oublié que la secousse est considérable. On en a eu tous le droit à un moment donné, depuis le temps qu’on habite ensemble, sauf elle.

La maison a commencé à la suivre. Je m’attendais à ce qu’on fasse un boucan terrible, mais les pas de l’immeuble étaient silencieux et il n’y avait pas de circulation dans les rues. C’est pour ça qu’elle ne s’est pas aperçue que la maison allait derrière elle depuis chez nous, soit depuis dix rues. Lire la suite

Malgré le fait d’être 1501

1010, 2014

Par Juan Herrera

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Malgré l’abîme
Et son impénétrable regard de retour
Ici les maisons sont en chocolat et les voitures ont
À la place des roues
Des têtes de faune
Des gemmes!

Les montagnes sont en or et le ciel est d’une améthyste profonde
Le grondement de nos systèmes surround de son
Bâtit l’écho des étoiles à des millions d’années lumière.
À des milliers de voitures suisses
Les étoiles sont en or et en chocolat impénétrable
Le ciel bâtit l’abîme
Malgré les systèmes!

Des années de retour en un seul regard
Les montagnes sont le son d’années lumière
Des gemmes, des améthystes profondes de faune
Ici où les maisons sont une tête surround
Les montagnes malgré l’abîme
Bâtissent le son du chocolat.

À des milliards d’années lumière
Il y a des têtes de faune
Des regards!

Le ciel est fait en or
Et l’améthyste profonde
Gronde le système impénétrable des maisons
Des gemmes de retour à l’abîme Lire la suite