Fleurs de moniato

On se disait bonjour depuis quelques mois, mais on avait à peine parlé. C’était le seul sans-abri de la petite rue où j’habite depuis peu dans le 9ème arrondissement de Paris. Il dort sous un petit toit d’une ancienne boucherie spécialisée dans les tripes et les volailles que personne n’a ouverte depuis des décennies et dont il ne reste que la façade peinte entièrement à la main, à la typologie du vieux Paris, annonçant les produits qui défilaient quotidiennement autrefois. Tous les soirs, il arme et démonte son camp sous ce petit abri pour attirer le moins possible l’attention du voisinage. La rue est spécialement calme pour la ville.

Je savais qu’il parlait castillan parce qu’avant moi, Lucas avait occupé cette chambre de bonne au sixième étage pendant plus d’un an et l’entendait jurer de temps en temps dans notre langue avec un fort accent espagnol et une voix de ténor maudit, « quand il perd la boule, c’est pas joli à entendre… Je ne voudrais pas être celui sur qui il crie », m’avait-il raconté. Il savait que je parlais espagnol, on se saluait dans notre langue depuis le début. Il a vu juste, je pense, ou alors il nous a entendus l’une des fois où j’ai rendu visite à Lucas.

Ce jour-là, j’avais oublié le concentré de tomate que m’avait demandé S. pour préparer un couscous avec les légumes que nous venions d’acheter au rabais dans un magasin bobo, qui vendait sur Internet ce qu’il ne parvenait pas à vendre sur place à un prix exorbitant, pour quelques sous via un smartphone. C’est pourquoi j’attendais à la porte du supermarché du coin avec la boîte pleine de légumes de saison dont n’importe quelle mère aurait été fière. Il ne manquait que les bières et la tomate.

Comment allez vous ?

– Bien, tout va bien, et vous ?

– Pareil, alors ? Vous avez un lapin à la maison ?

– Pourquoi ?

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Un cowboy mexicain à Montpellier

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Photography by Ashlee Nobel and Janet Warlic

Comme beaucoup d’étudiants et de touristes de cette ville, le cowboy rocker mexicain finissait sa soirée quelque peu bourré au crépuscule, au moment imprécis où ce n’est ni tôt ni tard ou, plutôt quand c’est tôt pour ceux qui se lèvent et tard pour ceux qui ne se sont pas encore couché.

Pour beaucoup de latinos comme lui, il était en dessous de la moyenne française de taille, ce qui lui valait parfois d’être décrit par ses amis comme étant « petit et très beau », pour qu’on le reconnaissent. Sa tête de diable se voyait à des lieues. À cette description s’ajoutaient le détail des cheveux longs et lisses, de la tenue rock et des santiags facilement repérables, ainsi que les boucles d’oreille à plumes, les chaînes argentées et discrètes, et les tatouages.

Il aurait certes pu être aisément reconnu aux santiags. Cependant il ne les portait que pour les grandes occasions, comme ce soir.

Avec cette dégaine et qu’une grande envie de continuer la virée nocturne, il a décidé de faire comme il faisait déjà à Mexico, parler aux gens qui lui semblaient avoir la même vibration, et voir ce qu’ils proposaient, ou les prendre dans l’équipe ; à la recherche d’encore plus de nuit, même si le jour menaçait depuis l’horizon, déjà tangent.

Il s’est adossé à un mur à l’angle d’une rue, la bière à la main et une réserve de rhum dépassant de la poche de la veste en cuir, au cas où quelqu’un de sympa aurait encore soif.

C’est alors qu’une voiture s’est approché de lui. Deux jeunes en survet’ que la plupart de gens auraient fui, surtout par leurs voix ivres, lui on demandé s’il voulait aller quelque part. Il habitait deux rues plus loin.

– Je ne fais pas du stop, leur a-t-il précisé, j’ai juste envie de tiser avec des potes. Vous avez soif ?

– Toujours, vas-y, monte. On va chez nous. Lire la suite

Esto no existe, por eso lo destruiremos

CASEY

Les salauds, les sans coeur,

les milliardaires centenaires
Ces mercenaires sans merci,

profiteurs de guerre

Et qui même à l’agonie

veulent se couvrir de gloire

Je voudrais trouver ces porcs

pour les couvrir de glaires.

Avec mes viscères, du fond de mon ulcère

Pour mes adversaires, un crachat sincère
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Los hijo’e’putas, los son sin-corazón,

los millonarios centenarios

Esos mercenarios sin merced,

que se aprovechan de la guerra

y que quieren cubrirse de gloria

hasta en la agonía.

Quisiera encontrar a esos puercos

para cubrirlos con gargajos

Con mis vísceras, desde el fondo de mi úlcera

para mis adversarios

un escupitajo sincero

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CASEY, A la gloire de mon glaire, Libérez la bête, 2010

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Me estoy escurriendo por la silla,

casi llego a la alcantarilla.

Me recogieron con un cántaro,

me enfriaron, pero no cuajé.
Hice todo por hartar a los amigos,

casi funciona, crecieron los higos

y lo que me encontré

fue un puño de ramas uniéndome al mundo,

cada vez menos densa,

como con la familia que

se esfuerza por quererme aunque huya.

Es la tristeza del mundo,

la que me tiene así,

siento toda la tristeza del mundo,

y la ira, y el hambre

de todos los que viven en la calle,

que se tiran desde un muelle,

porque éste mundo canalla,

de los hombres

no los deja ni comer, ni aprender, ni ser.

Ganas de violencia,

de cortar gargantas,

de escupir gargajos,

de hacer pedazos Lire la suite

El apocalípsis según ustedes 10: los cerdos del espacio

Otra traducción para el sitio de ésta divertida serie difundida en el canal ARTE por aquellas épocas en que los Mayas, como no pasaba desde hace siglos, estaban en boca de todos

Título original de la serie: « L’apocalypse selon vous » (2012)