Sœurprise

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Rufino Tamayo, Manos sobre fondo blanco, 1979

Vuelvo al sur,

como se vuelve siempre al amor,

vuelvo a vos,

con mi deseo, con mi dolor.

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Gotan Project, Vuelvo al Sur, La revancha del tango, 2001

Pueblo. Ceci est le nom qu’emploient souvent les exilés ruraux pour parler de leur village d’origine. Pablo faisait partie de ce maigre groupe qui avait subi l’exode vers Mexico ou les États-Unis, une quarantaine d’années plus tôt et qui revenait, soit rendre visite aux membres de la famille restés cultiver la terre et élever des animaux, soit aux morts.

Le reste avait une aversion pour ce lieu où les souvenirs de la misère et de la famine étaient gravés au fer incandescent dans leur mémoires. Parmi les neuf frères et sœurs, seules deux de ses sœurs venaient une fois par an, les autres ne revenaient que rarement et l’ambiance était toujours un peu mélancolique. L’on parlait du passé, mais peu, seulement des choses joyeuses.

Pablo était le président de l’association des paisanos de Santa Catarina Tayata dont la plupart habitait Oaxaca, la capitale de l’état du même nom, au sud du Mexique. C’est Ignacio,  l’un des rares à être retourné vivre sur place, qui lui avait transmis le message :

– Salut, Pablo ; il y a une paisana de Mexico , une vieille dame qui est passée, il y a quelques mois et qui m’a demandé si je te connaissais et si je pouvais lui donner ton contact . Je crois que ça doit être une personne qui revenait pour la première fois parce que je ne l’ai pas reconnue, et ma femme non plus, et tu le sais, on a été les premiers à revenir de cette vague. Je n’ai pas voulu le lui donner parce qu’elle ne m’a pas demandé pour l’association, mais pour toi directement, avec les deux noms de famille, elle a dit « excusez-moi, je suis originaire de ce village, dites, par hasard vous auriez le contact de Pablo Mora García », et ça m’a paru bizarre et je lui ai dit que non, mais que je pouvais demander, alors elle a insisté pour me laisser son numéro. Tu le veux ?

– Elle n’a rien dit d’autre ?

– Non.

– Oui, donne-le moi, et si je ne reviens pas pour la fête du Pueblo, tu peux lui donner mon numéro si jamais elle se pointe et te le demande à nouveau, s’il te plaît. Lire la suite