Petit regret grenadin en apparence anodin

Mon cousin, Machete, quand il n’est pas en tournage

Sigan los consejos

de la lagartija,

que todo lo que tengas,

quepa en tu valija.

_____________

Suivez les conseils

du lézard ,

que toutes tes attaches,

rentrent dans tes bagages

______________________

Martín Buscaglia, La lagartija, Placido domingo, 2000

_________________________________________

J’avais pris le car à Lisbonne en direction de Grenade. C’était un trajet peu fréquenté et il n’y avait pas de voyage direct. Je savais qu’il y avait un changement près de Séville. Je ne m’attendais pourtant pas à ce qu’on passe du car à un petit Van, sans aucune compagnie marquée dessus, ni encore moins que le changement soit effectué sur une aire d’autoroute.

On nous avait pressé pour qu’on descende au plus vite en prenant nos bagages. Il était cinq heures du matin, le soleil estival commençait à briller au fond d’une colline. Tout le monde dormait quand le car s’est arrêté. Le changement a été tellement vite que j’ai eu l’impression d’être un de mes frères mexicains entre deux passeurs dans l’Arizona. Le paysage sec du sud de l’Espagne renforçait cette sensation, sans doute. J’ai pensé à Machete aussi, et je l’ai imaginé président du Mexique. Il vaut mieux que Peña Nieto, que ses prédecesseurs et que ceux à venir. Et ce, tout simplement, parce qu’il ne s’en prend qu’à ceux qui lui cassent le couilles, mais il cherche la paix, même si Machete kills. Bon, il faut chercher un peu. Pas comme les nôtres, qui tuent pour le bif et cachent la machète.

Nous étions seulement quatre personnes à bord. Je suis monté à l’arrière avec deux filles. Un autre garçon espagnol a pris la place du copilote.

Le garçon espagnol semblait être le plus réveillé de nous quatre, avec le conducteur, bien entendu. Il le regardait conduire comme si il attendait à ce qu’on lui pose une question. Le conducteur a remarqué son regard mais n’a rien dit. C’est alors que le garçon lui a lâché une phrase venue de rien:

  • Je rentre après une année d’études à Lisbonne.

Le conducteur s’est tourné vers lui un instant, il a hoché la tête, pour ensuite retourner à son volant sans répondre.

  • C’est pour ça que j’ai autant de bagages. Les deux grosses valises sont à moi.

  • Je les ai vues, a-t-il répondu, pour allumer ensuite la radio.

Lire la suite