Trêve de rêves de rats

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Blek le rat, Le guerrier, 2017

Abdoul a un visage marqué, on ne sait pourquoi ni par qui, il n’en parle à personne de connu. Les rides se faufilent sur son visage comme les sillages d’autres vies. Les cernes font partie de lui, mais depuis quelques semaines elles grandissaient sur sa peau mâte et dure. Son collègue surveillant, venu d’ailleurs aussi, le rejoint pour fumer une cigarette pendant la pause, le moment où il peut poser le balai et enlever les gants.

  • Dis-donc, Abdoul, tu fais la fête dernièrement ou quoi ?

  • Non, je ne bois pas, moi, dit-il d’un fort accent marocain et il sourit. C’est les putains de rats.

  • Quels rats ?

  • Là où j’habite, il y a des rats juste à côté de ma chambre. Je suis au rez de chaussé et pile derrière il y a le local poubelles. Les rats doivent être partout, je les entends ronger. J’ai peur pour ma vie, j’t’ jure, j’ai peur qu’ils arrivent à rentrer par le tuyau d’aération et qu’ils viennent me mordre.

  • Ça pourrait vraiment arriver ?

  • Mais oui, je suis aller voir pendant la journée et il suffit de ronger un faux mur pour qu’ils accèdent aux étages et chez moi.

  • Et t’as pas prévenu le propriétaire ?

  • Je vais faire ça aujourd’hui, mais, comment le dire ?, je n’aime pas parler au téléphone, ça me donne des frissons. ça me rappelle des mauvais souvenirs, quand je suis arrivé et que je devais répéter tout ce que je disais, encore pire au téléphone. Tu peux appeler à ma place ? J’ai attendu un peu mais je ne fais que des cauchemars, je ne tiens plus. Quand j’arrive à dormir je rêve qu’ils me bouffent. J’en peux plus.

  • Tu m’étonnes. Viens, on va appeler de la loge, je n’ai plus de forfait.

  • Et moi, même pas de portable.

Ils ont rit et fumé. Lui, une clope toute fine, « presque que du papier, c’est presque pas fumer ».

En appelant, il a appris que le propriétaire était injoignable pendant quelques jours. Qu’il faudrait attendre. Attendre quoi ? s’écrie Abdoul, quand le téléphone est raccroché.

Los planes no sirven para nada: cachetadas de año nuevo

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Blutch, La beauté, 2008

El plan inicial que nos habíamos fijado con Raj era pasar un año nuevo tranquilo. En mi casa todo el mundo estaba de viaje. No hacer nada. Sí, esa era una de las cosas que supongo que para los fiesteros no llega antes de los treinta, si llega. No irse de fiesta porque ya sabes cómo va a terminar: muy borracho y pasando una buena parte de la noche tratando de ligar. Sea lo que sea, nos habíamos propuesto platicar y tocar algo de música en su departamento de Menilmontant, donde había crecido. Sus padres no estaban aquel día, porque se encontraban del otro lado del canal de la Mancha . Su familia pertenecía a aquellas migraciones que comenzaron por el Reino Unido y terminaron en otros puntos de Europa.

Rajajee nació en Francia, casi al año siguiente de la llegada de sus padres, el primero al cabo de muchos aviones, barcos y trenesm desde Sri-Lanka. La mayoría de su familia se quedó en el Reino Unido. Es por eso que, frecuentemente, se reunían del otro lado de la Mancha. Raj, desde pequeño, prefirió más Francia que el Reino Unido. Era el más francófilo de la familia, por decirlo de alguna manera.

En todo caso aquel año decidió que no quería ir y por eso teníamos casa vacía.

La cita inicial era en ahí, pero una propuesta de unas amigas latinas que estaban al final de su ciclo de niñeras, nos llevó a modificar nuestro itinerario de la noche, del distrito veinte, popular y lleno de migrantes, al diecisiete, donde viven los ricos.

Raj agarró su coche. Se trataba de un automobil familiar donde seis o siete personas hubieran entrando sin problemas. Salimos con una cerveza en mano y fue hasta que ya nos habíamos atado los cinturones que le pregunté si pensaba manejar con la chela en la mano, descaradamente, con el riesgo de que nos detuvieran y me respondió:

– Mira, este año ya no tengo permiso de circular por París con mi coche porque es tan viejo que ahora es ilegal, y no me puedo comprar otro porque no tengo dinero, así que ahora sólo los ricos tienen derecho de circular cómodamente con su cuate para ir a ver a unas chicas, pero nosotros no, así que sí, me voy a ir echando mi chela, hoy a todos les da igual, todos están borrachos. Lire la suite

Salimata et Andréa (8 ans): On va porter plainte!

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    • – Quand on est payé pour ça,

      on doit au moins faire semblant, dit Amadis.

      – Remontez dans votre bureau.

    • – Non.

    Amadis chercha quelque chose à dire,

    mais Anne avait une drôle d’expression dans la figure.

    • – Vous ne travaillez pas vous-même, dit Anne.

    Boris Vian, L’automne à Pékin, Premier mouvement, chap. XIV, 1956.

  • ______________________________________________________________

    Il est dix-sept heures dans un centre social, rue de Ménilmontant, c’est la fin de l’année et la dernière séance d’aide aux devoirs. Salimata et Andréa sortirent leurs cahiers et se trouvent l’une face à l’autre, devant leur table respective. Je me place au milieu, assit perpendiculairement à elles, pour pouvoir me pencher sur leurs cahiers.

    Elles ont toutes les deux huit ans et leurs coiffures ont évolué autant de fois pendant l’année, comme savent le faire les mamans africaines pour les rendre plus belles.

    Ce jour-là, Andréa, dont les parents sont cap-verdiens lusophones de naissance, convertis par besoin en francophones, porte une coiffure à nattes en diagonale par rapport à la ligne du front, qui s’achevaient chacune en une extension parfaitement tressée et une bille blanche.

    Salimata, dont la langue préférée est le soninké mélangé à de l’arabe coranique, surtout parce que ces langues ne lui demandent pas d’étudier l’écriture ni la grammaire, étant, l’une, la langue maternelle parlée au foyer, et l’autre, celle de la religion, porte une touffe de fin d’année, qu’elle a présentée le premier jour comme le résultat de la fatigue de sa mère, qui ne voulait plus la coiffer, ayant eu six enfants à charge pendant toute l’année. Ses sœurs non plus.

    • Je suis fatiguée

    • Oui, moi aussi!

    • J’ai fait les comptes et, on est là depuis huit heures, et je finis à dix huit heures trente, ça fait, une, deux, trois quatre, cinq, six sept, huit, neuf, dix heures et demi. Et le maître veut encore que je recopie la poésie, là, vas-y, j’en ai marre! Dit-elle en lâchant le stylo et appuyant la tête contre les bras, sur la table.

    • Oui, et moi, de faire le chais pas qui imparfait et le premier groupe d’un truc que, n’importe quoi, franchement je vais porter plainte, hein, c’est pas permis de faire ça aux enfants.

    • Oui, on va porter plainte! Fit écho Andréa.

    • Et contre qui vous allez porter plainte ?

    • Contre le gouvernement, non, contre François Hollande, voilà ! Oui, et, tu sais quoi ?, je ne vais pas faire les devoirs !

    • Je comprends très bien, les filles, mais, moi je suis payé pour faire les devoirs avec vous.

    • Je m’en fous, je ne conjugue pas! Et regarde, dit-elle en raturant la liste de devoirs écrits sur son agenda, il n’y a plus de devoirs !

    • Salimata!

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