Faut pas que tu prennes froid, cariño (suite histoire précédente)

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Blutch, La beauté, 2008

Sube al taxi, nena,
los hombres te miran,
te quieren tomar .

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L. A. Spinetta, Cantata de puentes amarillos, Artaud, 1973

C’est cette pensée à propos de la bienveillance de ou envers les noctambulos qui m’a fait penser à l’un des peu d’amis avec qui j’ai un contact constant au Mexique, au bout de dix ans à l’étranger : Oliverio. J’y ai passé tout le trajet qui me séparait encore de l’hôtel pour lequel j’étais prêt.

Oliverio est difficile à décrire, faisons alors comme font le gens d’ici lorsqu’ils demandent « tu fais quoi dans la vie ? » : c’est un psycologue-professeur-rockeur-écrivain-père adoptif. À quoi il ressemble ? Il a des longs cheveux lisses et un épaule qui se déboîte de temps en temps, même en concert, et qui adore la bière autant que Bukowski. Vous le reconnaîtriez, si vous le croisiez dans les rues de Mexico, à son regard bienveillant derrière une paire de lunettes. Peut-être surtout aux cheveux qu’il a décidé de teindre en jaune aux pointes rouges et qui a fini par être beaucoup plus blond que dans imagination et lui a laissé de flammes plus voyantes qu’il ne l’aurait voulu.

C’est pendant sa période bukowskienne que son histoire a lieu, quand il se plaisait à aller boire des bières au table-dance le plus miteux du coin, prendre de notes pour des chansons et des poèmes. On a tous imité nos idoles, sauf que les conditions de travail des filles étaient beaucoup plus sombres que celles de Los Angeles de son maître d’aventures et cela l’a dégoûté. Il s’était rendu compte qu’au prix de la bière au comptoir, et même s’il avait pris un « privé » ou un « service complet », les filles devaient gagner une misère. Il y en avait une qui lui avait paru spécialement triste et joyeuse à la fois. Il s’est reconnu dans son attitude : elle devait être en train de penser par intervalles qu’elle ne voulait pas être là, pour penser ensuite qu’elle était déjà là, et qu’il valait mieux profiter de son travail et de son temps. Ou c’est au moins ce qu’il a décidé de penser.

Il n’allait tout de même pas céder à la tentation de payer un « privé », seulement pour la rencontrer. Le patron était un être écœurant, gros, au visage gras, au sourire sardonique, au ton de voix de patriarche et goujat, aux doigts remplis de bagues de mauvais goût, malgré l’or et les pièces précieuses. La meilleure fleur de la région, sans doute. Il n’aurait pu laisser un seul sou à cet énergumène. Il a laissé tomber et il est parti de cet endroit pour ne jamais revenir.

Un jour, Lire la suite

No tenemos los mismos problemas: el casino parisino

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El Bosco, El jardín de las delicias (detalle), 1503.

Desde que lo vi franquear la puerta, supe que sería un cliente complicado. Lo supe por la forma escandalosa de entrar al hotel, con seis personas más, dos mujeres con velo, vestidas de negro de la cabeza a los pies, y cuatro jóvenes cuyas edades oscilaban entre los diez y los veinte añosm todos armando un escándalo entre maletas y un conflicto que no era posible comprender a primera vista. Una de las mujeres debía ser su esposa y la segunda, visiblemente más joven que la primera, su hija, al igual que los chicos.

Cuando cruzó el umbral, se estaba dirigiendo a uno de sus hijos con un tono severo, como si lo estuviera regañando. Una vez que todos estuvieron en el interior, se dirigió hacia mí y, antes de saludar, dijo:

  • ¡En este país no se está seguro! Acabo de llegar en tren y ya me robaron una maleta. Acabo de llegar y ya no me gusta este país, no me siento seguro.
  • Los robos suelen suceder, señor, me da pena por su caso. ¿Tiene una reservación?
  • Sí.
  • A nombre de…

La primera pregunta que me vino a la cabeza fue « ¿De dónde viene este tipo? Porque, viniendo de México, este país me parece bastante seguro. Entre quejas en inglés y regaños o reproches en árabe, logré que me diera su pasaporte y su tarjeta bancaria para realizar el registro de entrada. Era pakistaní, residente de Arabia Saudita. Comprendí que estaba cabreado por la maleta y que no era TODA la seguridad pública francesa la que le parecía deficiente. Aún más cuando el Estado de Urgencia había provocado, desde finales del dos mil quince, un desembarco masivo de las reservas de todos los cuerpos policiacos, así como militares con metralleta en mano.

Hay que decir que los colegas que me precedieron durante el día no me echaron la mano y los pusieron en tres pisos diferentes. En la medida de lo posible, y sobre todo cuando alguien se da cuenta de una solicitud especial de parte de un cliente, se trata de dejar a las familias lo más cerca posible, por cuestiones prácticas y de comodidad, o de comodidad a través de las resolución de la parte práctica. Para mi fortuna, el cliente no pidió expresamente que se le dieran cuartos contiguos o cercanos. Aceptó mi respuesta pero se quejó de cualquier manera, por puro gusto y porque estaba enfadado.

De las siete personas que estaban frente al mostrador, ninguna abrió la boca durante todo el registro. Parecían tenerle miedo. Cuando les entregué las llaves, aproveché para informarles que el elevador no servía, que se había atascado durante la tarde y que lo repararían al día siguiente. Antes de acabar mis frases, supe que sólo había una posibilidad ante tal situación: cargar yo mismo las maletas al primer, al segundo y al cuarto piso.

Para mi fortuna, Lire la suite

Ma part du ghetto III: Quelqu’un est là, sauve-qui-peut

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Seth, 2014

L’important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage

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Mathieu Kassovitz, La Haine, 1995

Un matin, au réveil, mon père m’a dit : « tu vas rester là, je vais aller à la bibliothèque et je reviens. Je n’en ai pas pour longtemps .». J’ai acquiescé et je suis resté au lit. Il n’y avait personne d’autre à la maison. Vu que mes parents s’étaient séparés un an plus tôt et qu’on habitait déjà dans la cité où j’allais grandir avec ma mère, je devais avoir au moins quatre ans. La date de leur séparation je ne l’ai apprise que plus tard. Tout ce que je sais c’est que la maison était vide. J’ai entendu mon père descendre et fermer la porte à clé, puis traverser le petit jardin et claquer le portail blanc.

C’est de cette maison dans la banlieue nord de Mexico, que ma mère était partie avec moi dans les bras. Je me suis réveillé, j’ai fait un tour dans la chambre, puis dans tout l’étage et je suis descendu au rez-de-chaussé. C’était une belle petite maison à l’angle d’une rue avec un bout de jardin à l’avant. Mon père ne la garderait pas longtemps car il recommencerait sa vie quelques années plus tard et, pour arriver à habiter une maison comme celle-là, il lui faudrait une dizaine d’années. Avec ma mère, on habitait dans une coloc’, on occupait la moitié du salon, séparé de l’autre moitié par un rideau, avec quatre autres filles étudiantes en école d’ingénieur qui occupaient les chambres. L’une d’elles partirait ensuite et on prendrait sa chambre, jusqu’à notre départ quelques années plus tard.

À cette époque, ma mère devait être en train de faire son mémoire. Mon père devait peut-être l’aider pour essayer de récupérer son amour ou quelque chose de la sorte. Ils se devaient encore de l’aide mutuelle parce qu’ils essayaient tout les deux d’échapper à la misère dans laquelle ils avaient grandi, et ils avaient un enfant à charge.

Ce qui est sûr, c’est que ma mère ne m’aurait jamais laissé tout seul. Elle m’aurait tout au plus laissé au seuil de la porte d’entrée de la bibliothèque, mais jamais tout seul, des choses qui marquent un rapport différent entre pères et mères, et qui tiennent à la nature, ce bout d’animalité qui résiste à être dompté et qui est inscrit en nous. Mon père a fait son père, il a lâché prise plus facilement parce qu’il ne m’a pas eu à l’intérieur de lui et, bien entendu, il ne m’a pas accouché. Il l’a fait par besoin aussi, pas de baby-sitter et pas beaucoup d’amis. Il vivait mal leur séparation, comme il me le raconterait un jour.

Je suis remonté dans la chambre. J’ai allumé la télé. C’était le premier novembre. La Toussaint. Halloween à la télé, loin des traditions locales qui n’ont pas peur des fantômes, mais au contraire, les invitent à dîner à la maison une fois par un, dans ce syncrétisme particulier qui aurait provoqué des crucifixions à l’époque de la Rome chrétienne, mais qui, à l’écran, n’étaient que des dessins animés qui m’effrayaient. Je n’avais qu’une télé pour me tenir compagnie et tout ce qui était projeté ce jour là était lié aux fantômes et aux morts. Quelqu’un était là, dans la maison, je le savais. C’est comme ça que je le ressentais. Une conviction soudaine et claire. Lire la suite

Fabiola: une ghetto woman dans un monde de brutes, comme d’hab

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Marlena Shaw, « Liberation conversation« 

How do you raise your kids in a ghetto?
How do you raise your kids in a ghetto?
Do you feed one child and starve another?
Won’t you tell me, legislator?

Enthralled through
I know that my eyes ain’t blue
But you see I’m a woman of the ghetto

 

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Marlena Shaw, Woman of the ghetto, 1974

Ce n’était pas la première fois que Fabiola essayait de mettre en place un petit commerce. Mais c’était la première qu’elle réussissait aussi bien. La rencontre avec Oli l’avait aidée à quitter définitivement les boulots dans la zone rouge de cette banlieue campagnarde, au bout d’une vingtaine d’années. La cantine en face des voies du train qui ne passait jamais était un point de passage fréquenté par les voitures et les piétons, de ou vers leur travail.

Quand elle pouvait rentrer dans les détails sur ses débuts dans le « milieu » qu’elle venait de quitter, elle aimait insister sur le fait que personne ne l’avait forcée, qu’elle aimait le sexe avant tout, elle détestait son père qui était un macho et elle voulait quitter la maison, son petit ghetto campagnard de lui convenait pas, elle avait envie de voir le monde.

C’est ainsi qu’elle est partie, en alternant des petits boulots avec quelques « services », comme elle les appelle dans les conversations avec ses amis, de la danse surtout. « On ne couchait pas forcément avec tous les clients, on est des danseuses exotiques avant tout, après, chacune en fonction de ses envies et de ses besoins, pouvait prendre ou pas le complément et elle doit se démerder pour trouver son hôtel. Dans ces conditions j’ai toujours réussi à avoir ma liberté, pas de mac, que des meufs organisées comme une entreprise et quelques gars qui mettent la thune, mais de moins en moins, j’ai toujours pu partir quand j’ai voulu. Beaucoup de gens dans des bureaux ne peuvent pas en dire autant, tu sais pourquoi ? Parce qu’ils sont lâches. Ces gens-là ne sauront jamais ce que la liberté.».

Elle a parcouru le plateau central du Mexique et habité dans une quinzaine de villes au cours des deux décennies précédentes.

– C’est la première fois que je reste aussi longtemps dans un endroit. Tu penses que c’est l’âge, Marta ? Lire la suite

Ma part du ghetto I: On fait quoi de ce poteau?

clet

Clet Abraham, 200-

Emmenez-moi
Au bout de la terre
Emmenez-moi
Au pays des merveilles
II me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

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Chales Aznavour, Emmenez-moi, 1967

Il était six heures du soir. El Chino parlait d’aller faire un tour du côté du mirador préhispanique, à vélo. Et il fallait passer à côté de la « rivière » qui était en réalité un canal de décharge des égouts et ça puait à mort. C’était l’hiver et le soleil n’allait pas tarder à se coucher. Le vélo n’était pas une possibilité et la voiture on ne la lui prêtait pas encore à tous les coups; sa mère était encore responsable. Depuis quelques semaines, on avait épuisé nous ressources pour se trouver des choses à faire dans la cité. On n’aimait plus le foot, les filles n’était pas encore notre seul centre d’intérêt et on ne buvait pas encore, même si on avait déjà essayé.

Cela faisait trois heures qu’on échangeait des propositions que l’un ou l’autre des nous quatre désapprouvait, s’envolant comme un dent-de-lion au gré du vent. C’est d’ailleurs ce type de flore sauvage qui peuplait la cité dont les espaces verts n’étaient pas entretenus par la mairie, mise à part ceux du jardin en face du bâtiment administratif.

Nous, on squattait un banc en béton à côté de l’arrêt de bus. Seulement de temps en temps quelqu’un appelait le bus au lieu indiqué, vu qu’il s’arrêtait n’importe où sur le trajet, il suffisait de lever le bras, ou d’appuyer sur la sonnette de l’intérieur ou de crier ¡bajan!

On tournait en rond. On avait marre du ballon et des rolleurs, du vélo et du basket, parce que les terrains étaient pourris et les rues mal pavées. De plus, les allées vers l’autre côté de la cité pour voir le reste de nos amis étaient limités vu que Carlos s’était battu avec un des gars de la zone nord et le passage était obligé.

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