Morphine à volonté

Allongé sur le lit d’un hôpital miteux, c’est le premier moment que j’ai eu pour penser à comment et quand étais-je arrivé à me casser la jambe. J’attendais que l’anesthésie passe et ça n’allait pas être tout de suite. Je ne sentais rien à partir du cou. Ce n’était pas une sensation agréable, ça grattait, je pouvais bouger, mais tout était engourdi. C’était angoissant et il fallait donc se distraire avec d’autres pensées.

Quelque chose m’a semblé clair, ça était allé trop loin, et ça n’avait pas été pendant l’instant stupide où mon pied s’est coincé sur la base d’une grosse pierre que je m’étais cassé la jambe, ni au moment où je suis tombé en avant, laissant la jambe derrière moi. Non, j’avais commencé à me casser la jambe avant de me plier en deux et d’exécuter ce tour étrange en l’air pour libérer mon pied. Par terre, je pouvais voir la semelle de ma chaussure dans une position où je n’aurais pas dû pouvoir le faire. La douleur était déjà insupportable et amplifiée par cette vision anormale de mon corps quand mon pied pointait vers moi. À partir de cet instant, je n’ai pas pu penser normalement.

Heureusement, ou pas, il y avait deux autres gars avec nous. Jusqu’au moment du pied coincé, je n’avais pas réussi à savoir lequel des deux était celui qui avait invité mon quasi-ex-copine boire des coups dans un mirador pré-hispanique. Moi-même, j’avais emmené des filles à cet endroit depuis le collège. Et ça marchait toujours. Bien sûr qu’elle ne m’avait pas invité. Elle avait seulement dit « on n’est plus ensemble » et « je vais aller boire des bières avec un ami, et un de ses amis ». Rendu au point où on était, cela revenait au même, je ne connaissais aucun des deux, tout au plus les intentions de l’un d’eux. C’est pour ça, en fait, que j’étais là, plus que par l’envie de monter aux bains de Nezahualcoyotl observer la vallée de Mexico, avec sa couche grise de pollution entre la planche de béton, les montagnes et le ciel. Lire la suite

La fontaine des voeux / The Wishing well

I move smooth, underwater.
I know my way around.
Everybody knows me,
I grew up in this town.
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I got one million,
Two million,
I can’t remember how many million,
Millions.
And I’m exactly where I want to be right now,
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Ohh yeah.
Mhmm.
I got a callback from the wishing well.

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Morphine, Wishing well, Like swimming,1997

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En cherchant un sauvetage dans la musique pendant une journée grise, j’ai pioché le premier son qui m’est venu à l’esprit. J’ai allumé l’ordinateur et les enceintes, en même temps que je posais mon sac pour libérer mes mains et pouvoir taper. C’est Wishing well de Morphine ce qui est venu à la conscience. Et voilà la grosse basse qui commence une balade aquatique, ensuite le saxo et la batterie plongent dans cette route musicale. Like swiming, le titre de l’album nous annonce toute la marée qu’il contient.

Cette mélodie obscure, violente, qui fait grincer les cordes, m’a mené vers un autre moi. Celui d’il y a six ans, débarquant à Paris avec des sous à compte gouttes, au temps où je respectais la loi de la migration et les limitations qui me concernent. Celui qui buvait de la bière de huit degrés achetée au Lidl du coin pour aller marcher sous n’importe quelle météo réfléchir à comment allais-je m’en sortir avec deux tiers d’un plein temps dans une ville comme celle-ci.

À l’époque je vivais avec ma copine et deux tiers fois deux, ça fait déjà un entier et un tiers. Nous avions toujours eu soif, mais on n’était pas gourmands et on s’étonnait encore de tout, avec cette fraîcheur que la découverte d’une ville dégage dans le quotidien, l’espoir d’une autre vie encore à fleur de peau,  au port d’un autre moi.

On a été littéralement précaires et heureux, je le souhaite à tout le monde, la vie devient plus simple quand on dégage les modèles et on prend sa propre forme. On n’avait besoin que de peu de choses. La seule dont on ne pouvait pas s’en passer, c’était le voyage. De ville en ville on se convainquait que malgré les difficultés financières, la balance était positive puisqu’on s’en sortait dans un pays à dix mille kilomètres de la maison et qu’on pouvait continuer le voyage à l’intérieur du voyage. Lire la suite