Oui, je fais un peu de tout, qu’est-ce qu’il y a?

This morning, I woke up
Feeling brand new and I jumped up
Feeling my highs, and my lows
In my soul, and my goals
Just to stop smokin, and stop drinkin
And I’ve been thinkin, I’ve got my reasons
Just to get (by), just to get (by)
Just to get (by), just to get (by)


Talib Kweli, Get by, 2002

 

 

 

Quand on a besoin de thune,

quand le proprio n’attend pas,

quand on a besoin de repas

pour glisser sur les dunes

du désert du travail au temps du capital,

Il faut sortir toutes le griffes,

toutes les pirouettes, les feux d’artifice

et les sonnettes,

faire la girouette,

dire de partout « oui, t’inquiète »,

tout restant honnête,

sourire,

et tant pis si ça fait prétentieux.

Je ne me vends pas,

c’est trop vulgaire, Lire la suite

Le papillon gitan éclair de la rue Monge

Le pauvre intelligent était un observateur bien plus fin que le riche intelligent. Le pauvre regarde autour de soi à chaque pas qu’il fait, épie soupçonneusement chaque parole qu’il entend dire aux gens qu’il rencontre ;

chaque pas qu’il fait lui-même impose à ses pensées et à ses sentiments un devoir, une tâche. Il a l’oreille fine, il est impressionnable. Il est l’homme d’expérience, son âme porte des brûlures.

Knut Hamsun, La faim, 1890

Il est neuf heures du matin ; c’est le premier septembre deux mille quinze. Les portes s’ouvrent pour accueillir les premiers élèves de l’année, les plus petits d’abord, les nouveaux sixième récemment sevrés de l’école primaire. C’est le boucan auquel on est habitué, cette sensation d’attroupement qui pourrait nous apporter avec leur courant, mais qu’on regarde depuis la hauteur de notre âge adulte neuf assistants d’éducation, deux CPE, le principal adjoint et la principale. Les élèves sont, pour la plupart, accompagnés de leurs parents ou d’un adulte. Quand le gros du fleuve humain est rentré dans la digue du collège, nous avons fermé l’une des portes du vieux bâtiment ; assez vieux pour compter avec un abri anti-atomique.

Les regards se tournaient plutôt vers l’intérieur. Mis à part les retardataires, personne n’était rentré depuis deux minutes. Je regardais vers la porte. C’est alors qu’un petit en trottinette est rentré en disant bonjour, il a avancé trois mètres sans être perçu que par quelques uns, pour faire demi-tour aussitôt et sortir en ricanant. Il est passé presque inaperçu, et ceux qui l’on vu n’ont pas cherché à se l’expliquer ultérieurement. il y avait beaucoup de mouvent dans la cour à cet instant précis. Il était habillé en bleu et violet, la trottinette était rose, avec deux roues à l’avant. Je me suis précipité vers la porte. Je le connaissais, c’était un enfant gitan qui jouait au square Saint-Médard, à côté du métro Censier-Daubenton. Je l’avais croisé plusieurs fois quand je m’y posais fumer une clope.

Une fois, il était arrivé avec un chiot noir en laisse, il n’en pouvait plus, il était heureux avec son chien et il avait en même temps ce regard d’adulte qu’on les enfants gitans, ce qui veut dire que sa joie était forgée dans les flammes de la cruauté du monde ; une joie que peu de gens ressentiront dans leurs vies, tout simplément parce que la plupart de gens cherche à s’évader de leur réalité pesante, et lui de survivre, avec sa famille. Il était toujours entouré par d’eux pour naviguer dans Paris : deux hommes adultes dans la cinquantaine, une fille autour des quatorze ans et un autre petit plus âgé que lui, qui devait avoir huit ou neuf ans.

J’ai réussi à le voir avant qu’il n’atteigne le bout de la rue, pour tourner à gauche ensuite et que je le perde de vue. Il n’allait tout de me pas s’arrêter parce que le passage piéton ne favorisait pas son inertie avec son bonhomme en rouge. Lire la suite