Parking de Papi

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Mon grand-père avait toujours été excentrique, mais depuis qu’on le sentait « rentré dans la vieillesse », physique et mentalement, on savait que cela n’allait que s’accentuer, mais sous quelle forme ? Cela restait à voir et à les prendre à la volée, comme des balles de baseball.

Il habitait les collines qui avaient été piquées à la pioche, jusqu’à faire une multitude de terrasses où les gens qui n’avaient nulle où vivre à Mexico dans les années quatre-vingt ont construit comme ils ont pu, à leur idée et en dehors de toute réglementation. Ainsi les maisons et les rues se sont cramponnées à la colline. C’est ces mêmes champs de rues qu’on voyait depuis chez nous, dans une autre banlieue à l’autre bout de la grande vallée de lumières qu’est cette bête qui est belle la nuit, vue d’en haut.

– Oui, papa ?

– Oui, ma fille comment vas-tu ? Ça fait longtemps que j’attends ton appel.

– Je vous ai appelé la semaine dernière.

– Oui, mais tout de même, tu sais que le chantier ne peut plus atteindre et on n’a plus de maçons.

– Je suis au courant, papa, et c’est normal, parce qu’il n’y aura pas de chantier.

– Comment ça il n’y aura pas de chantier, c’est pas chez moi ? Tu m’as promis d’engager des bons maçons, des vrais, et voilà qu’à peine leur ai je parlé du programme, ils ne sont pas revenus, tu n’as pas trouvé de vrais pauvres, prêts à tout, parce que moi, quand j’avais vraiment faim, j’étais prêt à tout, c’est des mauviettes ceux-là…

– Oui, papa, quand vous étiez pauvre, Lire la suite

à bord de la maison, sur le balcon

Hayao Miyazaki, Le château ambulant, 2004

 

 

Maeva m’avait prévenu qu’elle était sur le point de partir en soirée. Elle m’avait invité pour que je vienne avec elle mais je n’avais pas envie, car à peine étais-je arrivé du travail. Je me trouvais alors dans un de ces moments où on vient de déposer les affaires et où, le fait de penser à replonger dans la ville, semblait impossible.

J’ai décliné l’invitation et je suis monté dans ma chambre au quatrième étage de l’étroite maison haute qu’on habite, rue Franklin. Les quatre chambres ont une fenêtre qui donne sur la rue. J’ai déposé mon sac, j’ai pris une cigarette et je me suis dirigé vers l’étroit balcon de la fenêtre. Celui-ci est conçu pour qu’on tienne debout, appuyé sur la balustrade, mais non pas pour fermer la porte derrière soi sans déclencher une sensation de métro en heure de pointe.

Malgré cela, j’ai fermé la porte. Il fallait donc s’asseoir, le dos tourné vers le coté étroit du parallélépipède, le corps longeant la porte et la balustrade. Quand j’avais trouvé une position confortable et m’apprêtais à sortir le briquet pour allumer ma cigarette, Maeva a fermé la porte à clef. Le son est monté en rebondissant d’une façade à l’autre de la rue, jusqu’au quatrième étage. Elle ne m’avait pas prévenu qu’elle prendrait la maison avec elle ce soir. Elle a dû l’oublier parce qu’elle sortait fêter la réussite de son examen. C’est vrai que je ne suis même pas passé par la cuisine, où j’aurais pu trouver le mot, si elle en avait écrit un.

Élucubrations de déracinement de maison, oui, j’appellerais ça comme ça, ce premier mouvement de la maison quand elle se prépare pour suive son maître. Elle se lève d’abord à la vertical, pas beaucoup, d’un peu plus d’un mètre, pour sortir ses extrémités, tel un arbre qui deviendrait bipède.

Comme on ne prend jamais la maison quand il y a quelqu’un dedans, j’avais oublié que la secousse est considérable. On en a eu tous le droit à un moment donné, depuis le temps qu’on habite ensemble, sauf elle.

La maison a commencé à la suivre. Je m’attendais à ce qu’on fasse un boucan terrible, mais les pas de l’immeuble étaient silencieux et il n’y avait pas de circulation dans les rues. C’est pour ça qu’elle ne s’est pas aperçue que la maison allait derrière elle depuis chez nous, soit depuis dix rues. Lire la suite