Trois veilleurs des nuit à une non-heure

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Rufino Tamayo, la gran galaxia, 1978

S’il y a, comme le dit Marc Augé, des non-lieux, les personnes qui travaillent pendant la nuit dans les services savent qu’il y a des non-heures. Entre le dernier client et le camion poubelle. Cela n’arrivait pas toujours, mais certaines fois je regardais le panneau où s’accrochaient les clés et il était vide. C’est alors que je pouvais sortir fumer une clope sur les marches de l’entrée de l’hôtel sans être interpellé, regarder le temps passer, dans l’immobilité de cette petite rue du quartier de l’Opéra. En sourdine ce bruit gris d’une ville qui dormais majoritairement, alors que j’étais débout, habillé en noir de la tête aux pieds pendant l’été.

C’est pendant une non-heure qu’un homme noir autour de la trentaine s’est approché de l’entrée.

– Bonsoir.

– Bonsoir.

– Par hasard, on ne cherche pas des veilleurs de nuit ?

– Non, désolé, on est complet pour l’instant, lui ai-je répondu et je me suis rappelé à sa place,  peu de temps auparavant, on est désespérés, on demande à tout le monde et on est prêt à tout faire.

J’aurais voulu lui dire « tiens mon poste, j’en veux plus, c’est trop dur! », mais je n’avais pas encore pu trouver un boulot aux horaires diurnes. Lire la suite

Laisse entrouv’!…

Liu Bolin, Coffre-fort, Paris 2011

Sigoulou était nerveux, plus que son maître de braquage. Il n’était pas habitué à porter une arme, ni à la pointer. Il y avait pensé auparavant, comme tous les enfants, à pointer une arme contre la tête de quelqu’un, le sommet du pouvoir, la vie dans les mains, dans celles qui la détiennent. Et boum. O bien, pas boum, mas au moins un butin.

L’adrénaline n’avait jamais été aussi puissamment enfuie dans son corps, ni pendant aussi longtemps. C’était une sensation un peu effrayante qui l’assourdissait. Loulo lui a donné des ordres qu’il n’a pas entendu, il a dû lui répéter. « Nous parlons le moins possible, il ne faut leur donner aucune change », se répétait-il les paroles de Loulo.

Sigoulou n’a pas pu voir le visage de Loulo, mais il savait qu’il l’en voulait, il se déconcentrait, comme il lui avait clairement dit de ne pas le faire.

Il l’avait entraîné un peu avec l’épicerie, mais une banque, la banque classique où le héros mourait était autre chose, malgré cela, il y était. « Il y a aussi tous ces films où le protagoniste ne meurt pas », ce qui expliquait mieux sa présence à cet endroit précis dans sa tête.

Non. Ce n’était pas pareil que dans les films. Loulo l’avait aussi mis en garde là-dessus :« La grosse différence est que, là, y aura des mecs armés et prêts à te tuer pour de l’argent qui ne leur appartient même pas ».

Le directeur les a amenés vers le coffre-fort. Ils ont dû traverser deux portes qu’aux yeux de Sigoulou étaient beaucoup moins blindées que dans les films. Lire la suite