Parking de Papi

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Mon grand-père avait toujours été excentrique, mais depuis qu’on le sentait « rentré dans la vieillesse », physique et mentalement, on savait que cela n’allait que s’accentuer, mais sous quelle forme ? Cela restait à voir et à les prendre à la volée.

Il habitait les collines qui avaient été piquées à la pioche, jusqu’à faire une multitude de terrasses où les gens qui n’avaient nulle où vivre à Mexico dans les années quatre-vingt ont construit comme ils ont pu, à leur idée et en dehors de toute réglementation. Ainsi les maisons et les rues se sont cramponnées à la colline. C’est ces mêmes champs de rues qu’on voyait depuis chez nous, dans une autre banlieue à l’autre bout de la grande vallée de lumières qu’est cette bête qui est belle la nuit, vue d’en haut.

– Oui, papa ?

– Oui, ma fille comment vas-tu ? Ça fait longtemps que j’attends ton appel.

– Je vous ai appelé la semaine dernière.

– Oui, mais tout de même, tu sais que le chantier ne peut plus atteindre et on n’a plus de maçons.

– Je suis au courant, papa, et c’est normal, parce qu’il n’y aura pas de chantier.

– Comment ça il n’y aura pas de chantier, c’est pas chez moi ? Tu m’as promis d’engager des bons maçons, des vrais, et voilà qu’à peine leur ai je parlé du programme, ils ne sont pas revenus, tu n’as pas trouvé de vrais pauvres, prêts à tout, parce que moi, quand j’avais vraiment faim, j’étais prêt à tout, c’est des mauviettes ceux-là…

– Oui, papa, quand vous étiez pauvre, Lire la suite

Fabiola: une ghetto woman dans un monde de brutes, comme d’hab

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Marlena Shaw, « Liberation conversation« 

How do you raise your kids in a ghetto?
How do you raise your kids in a ghetto?
Do you feed one child and starve another?
Won’t you tell me, legislator?

Enthralled through
I know that my eyes ain’t blue
But you see I’m a woman of the ghetto

 

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Marlena Shaw, Woman of the ghetto, 1974

Ce n’était pas la première fois que Fabiola essayait de mettre en place un petit commerce. Mais c’était la première qu’elle réussissait aussi bien. La rencontre avec Oli l’avait aidée à quitter définitivement les boulots dans la zone rouge de cette banlieue campagnarde, au bout d’une vingtaine d’années. La cantine en face des voies du train qui ne passait jamais était un point de passage fréquenté par les voitures et les piétons, de ou vers leur travail.

Quand elle pouvait rentrer dans les détails sur ses débuts dans le « milieu » qu’elle venait de quitter, elle aimait insister sur le fait que personne ne l’avait forcée, qu’elle aimait le sexe avant tout, elle détestait son père qui était un macho et elle voulait quitter la maison, son petit ghetto campagnard de lui convenait pas, elle avait envie de voir le monde.

C’est ainsi qu’elle est partie, en alternant des petits boulots avec quelques « services », comme elle les appelle dans les conversations avec ses amis, de la danse surtout. « On ne couchait pas forcément avec tous les clients, on est des danseuses exotiques avant tout, après, chacune en fonction de ses envies et de ses besoins, pouvait prendre ou pas le complément et elle doit se démerder pour trouver son hôtel. Dans ces conditions j’ai toujours réussi à avoir ma liberté, pas de mac, que des meufs organisées comme une entreprise et quelques gars qui mettent la thune, mais de moins en moins, j’ai toujours pu partir quand j’ai voulu. Beaucoup de gens dans des bureaux ne peuvent pas en dire autant, tu sais pourquoi ? Parce qu’ils sont lâches. Ces gens-là ne sauront jamais ce que la liberté.».

Elle a parcouru le plateau central du Mexique et habité dans une quinzaine de villes au cours des deux décennies précédentes.

– C’est la première fois que je reste aussi longtemps dans un endroit. Tu penses que c’est l’âge, Marta ? Lire la suite

Taxi BAC

Sube al taxi, nena,

los hombres te miran,

te quieren tomar

Monte dans le taxi, ma belle,

les hommes te regardent,

ils veulent te prendre

Spinetta, Cantata de puentes amarillos, Artaud (Pescado rabioso), 1971

Il est une heure du matin. Johanna a bien mis son réveil pour ne pas rater le rendez-vous du soir. Fraîche d’esprit et d’hiver, elle a marché d’un pas martial les cent vingt mètres qui la séparaient du métro. Elle était occupée pendant la semaine et ne prenait ce transport que lorsqu’elle faisait la fête. Elle a oublié la lunditude de la soirée et s’est retrouvée dans la rue.

Le taxi n’était pas une option financièrement convenable. Elle était responsable de la régie pour les amis qui l’attendaient. La solution la plus adéquate qui lui est venue à l’esprit a été de lever le doigt comme l’a fait Kerouac tant de fois. Sauf que Kerouac n’était pas une fille blonde en mini-jupe et manteau à Paris et il n’était pas allemand non plus.

Trois voitures ont défilé sans s’arrêter. La quatrième a répondu à l’appel :

  • Bonsoir, excusez-moi, vous pourriez m’emmener à Montmartre ? j’ai perdu le dernier métro et je dois y aller.

  • Vous demandez comme ça, a des inconnus, au milieu de la nuit de vous prendre dans leur voiture ?

  • Vous avez de la chance, a dit une deuxième voix en provenance du siège arrière, nous sommes de la BAC.

  • De la quoi ?

  • Des policiers, mademoiselle. Ce que vous faites est dangereux pour vous. Vous avez vraiment de la chance que ce soit nous et non pas quelqu’un d’autre.

  • Vous êtes des policiers ? Pourquoi vous n’avez pas d’uniforme ? Et la voiture ? Ce n’est pas une voiture de flic.

  • On ne dit pas « flic », mademoiselle, on dit « policier » ou « forces de l’ordre », mais pas ce mot là.

  • Désolée, je suis en Erasmus et c’est le mot que j’écoute partout.

  • Ça arrive, ça arrive. Voici nos pièces d’identité.

Elle s’est penchée vers la porte pour les lire. Lire la suite