à jeun

 

  • J’ai rêvé que tu avais un double qui était méchant.
  • Et moi que tu partais. Tu ne crois pas que c’est plus simple de se réveiller et s’aimer en prenant le café?
  • Ce n’est pas si simple que ça.
  • Ah, bon?
  • J’ai peur de te tromper.
  • On n’est pas en couple. Tu n’as pas voulu. Fais-le et basta. Moi, je l’ai fait hier et je suis encore avec toi.
  • Mais moi, je ne pourrais te regarder pareil. Pas après lui. Les autres, c’est différent. Tu verras quand ça t’arrivera.
  • Ce n’est pas si compliqué que ça. J’ai réussi. Sur ton conseil.
  • Parle pour toi. Tu sais qu’on fonctionne pas pareil. Quand quelqu’un me plaît comme toi ou lui, je perds pied dans Paris.
  • Alors continue à souffrir d’envie, avec celui que je ne suis pas et qui ressemble à celui qui te veux du mal et qui n’est pas moi, et qui te plaît, apparemment.
  • Arrête de dire ça! Je vais te tromper, et tu seras content!
  • Non, c’est toi qui sera contente, c’est toi qu’y prendra du plaisir, pas moi. Comme moi hier.
  • Mmm… Bon, puisque c’est simple simple, c’est pas compliqué alors?
  • Oui. Et d’ailleurs on pourrait dire autre chose que “tromper”.
  • C’est vrai que c’est moche, ça fait culpabilité tout de suite. On prend le café pendant qu’on trouve un autre mot?
  • Avec plaisir. D’ailleurs, il faut pas forcément que ce soit un verbe.
  • Ça te dérange si je fume une clope?
  • Je t’ai connue comme ça et c’est chez toi.
  • Tant mieux, j’ouvre la fenêtre quand même.

Aimer encore

Blutch, la beauté, 2008

Par José Narvaez

 

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Je crois qu’hier j’ai atteint

le dernier échelon du masochisme,

quand je me masturbais

et pensais à toi avec d’autres hommes.

Je pensais à cette pratique abjecte

aussi la mienne

de collectionner la chair

comme en cherchant son corps dans celui des autres;

C’est comme ça que je t’ai connue

toi et ta propre incubation

habituée à ton démon

tu criais à la rédemption d’un nid

on s’est adhéré

avec une intimité vorace

et, cependant, avec cette intention

adolescente;

timide;

on a contredit une source infatigable du désir

hérétiques

on s’est interdits

à notre propre coutume

de nous écorcher dans les nuits

mutants

vacillant pour toujours entre

notre décadence et notre lumière;

on s’est fait face avec une certaine méfiance,

maladroits

de faire de nouveau de l’amour un rêve plus concret. Lire la suite