La fontaine des voeux / The Wishing well

I move smooth, underwater.
I know my way around.
Everybody knows me,
I grew up in this town.
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I got one million,
Two million,
I can’t remember how many million,
Millions.
And I’m exactly where I want to be right now,
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Ohh yeah.
Mhmm.
I got a callback from the wishing well.

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Morphine, Wishing well, Like swimming,1997

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En cherchant un sauvetage dans la musique pendant une journée grise, j’ai pioché le premier son qui m’est venu à l’esprit. J’ai allumé l’ordinateur et les enceintes, en même temps que je posais mon sac pour libérer mes mains et pouvoir taper. C’est Wishing well de Morphine ce qui est venu à la conscience. Et voilà la grosse basse qui commence une balade aquatique, ensuite le saxo et la batterie plongent dans cette route musicale. Like swiming, le titre de l’album nous annonce toute la marée qu’il contient.

Cette mélodie obscure, violente, qui fait grincer les cordes, m’a mené vers un autre moi. Celui d’il y a six ans, débarquant à Paris avec des sous à compte gouttes, au temps où je respectais la loi de la migration et les limitations qui me concernent. Celui qui buvait de la bière de huit degrés achetée au Lidl du coin pour aller marcher sous n’importe quelle météo réfléchir à comment allais-je m’en sortir avec deux tiers d’un plein temps dans une ville comme celle-ci.

À l’époque je vivais avec ma copine et deux tiers fois deux, ça fait déjà un entier et un tiers. Nous avions toujours eu soif, mais on n’était pas gourmands et on s’étonnait encore de tout, avec cette fraîcheur que la découverte d’une ville dégage dans le quotidien, l’espoir d’une autre vie encore à fleur de peau,  au port d’un autre moi.

On a été littéralement précaires et heureux, je le souhaite à tout le monde, la vie devient plus simple quand on dégage les modèles et on prend sa propre forme. On n’avait besoin que de peu de choses. La seule dont on ne pouvait pas s’en passer, c’était le voyage. De ville en ville on se convainquait que malgré les difficultés financières, la balance était positive puisqu’on s’en sortait dans un pays à dix mille kilomètres de la maison et qu’on pouvait continuer le voyage à l’intérieur du voyage. Lire la suite

Pluie de pétales pour remplir des poches vides

Fleurs agitées par le vent, Utagawa Toyokuni, début du XIXe siècle

C’est la hass en pleine saison […]

En bas de chez toi, en bas de chez moi,

y a ceux qui partent et ceux qui partent pas

Skalpel, Partir, 2014

J’ôte mon kimono

après la visite aux fleurs de cerisier.

Que des liens

Hisajo Sugita, 1932

Il y avait des pétales qui sont arrivés avec le vent. D’habitude ce sont des sacs en plastique et la dernière fois un ballon violet qui s’est coincé dans la cage du balcon. Mais aujourd’hui ce sont quelques pétales d’un rosacé qui pourrait très bien être un pêcher ou un cerisier. Malheureusement les fruits sont trop lourds pour être emportés par le vent et ce n’est pas encore le temps des cerises de toute façon.

Entourés de béton, comme nous sommes dans le quartier, ça surprend, comme lorsqu’un inconnu nous dit quelque chose de gentil quand on s’attendait à une injure ; ou comme lorsqu’on goûte à une nourriture inconnue et, en la mangeant on s’attend un goût amer, alors qu’on goût sucré et une texture tendre se dévoilent dans la surprise.

Les arbres des rues environnantes ont deux cycles de fleuraison, un pendant l’hiver et un autre au printemps. En hiver, je les ai pris pour des flocons, aujourd’hui pour la confirmation comme quoi la vie est dehors.

J’ai passé une semaine sans sortir de chez moi. J’étais fatigué et las des gens. Je travaille avec eux, ils sont nombreux et tous différents. Ils veulent des choses distinctes et ils parlent tous. J’en ai eu ma claque.

Cette semaine je n’ai eu du contact qu’avec ceux qui vendent quelque chose, surtout de la nourriture, mais c’est tout. J’étais à jeun des gens.

Hier c’était vendredi,et j’ai la trouille de ce jour-ci. Il était huit heures, je buvais un café à table entouré de cette lumière blanchâtre du soleil matinal et ce ciel couvert d’une nappe fine et je savais que les raisons d’être dans le monde étaient floues et que le jour serait long. Je l’ai rempli de lumière en lavant les vitres et les rideaux, en renforçant la vitre cassée pour qu’elle tombe en sécurité, en vue du manque d’attention du propriétaire. Je m’épurais, en épurant la maison, afin de fuir le vertige d’un vendredi au bout d’une période financière difficile. Lire la suite