Llaves

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Seth, 2013

Cuando me dieron las llaves del primer hotel parisino en el que trabajé, me preguntaba si esas ganas de tocar a todas las puertas para vivir en otro país se terminaba ahí: con todas las llaves de un hotel completo que dejaban bajo mi responsabilidad por la noche. Al mismo tiempo, me decía que eso me pasaba por andar de curioso en Francia. Hubiera preferido rechazarlas, pero necesitaba la lana y de paso aproveché para probar las llaves que me parecían en desuso, para pasar el tiempo, las noches en vilo son largas y si uno no se mueve los demonios se instalan.

Cuando pasé a la secundaria, me dieron las llaves de la casa para que pudiera volver después, mientras mis padres llegaban del trabajom con mi hermana en brazos. Aquellas llaves abrirían la primera experiencia de la soledad en un espacio propio : entre la salida a mediodía y las tres de la tarde que es la hora para lo cuál lo único que tenía que hacer por la familia era comprar el kilo de tortillas cotidiano al lado de la escuela, llegar a la casa, quitarle el papel, cambiarlo por una servilleta y depositarlas en el tortillero térmico para que no se enfriaran. Por lo demás, aquel espacio y tiempo me pertenecían y durante aquella etapa no daba muchos problemas, así que nadie me pedía que rindiera cuentas sobre lo que hacía desde que tenía aquellas primeras llaves: aprender a estar solo y disfrutarlo.

Aquellas mismas llaves, con la que se agregó con los años a causa de los robos en la unidad habitacional, una chapa más, fueron las que mis padres me pidieron de vuelta porque no respetaba ninguna regla de la casa. Era cierto, me lo merecía. Lire la suite

Ma part du ghetto III: Quelqu’un est là, sauve-qui-peut

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Seth, 2014

L’important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage

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Mathieu Kassovitz, La Haine, 1995

Un matin, au réveil, mon père m’a dit : « tu vas rester là, je vais aller à la bibliothèque et je reviens. Je n’en ai pas pour longtemps .». J’ai acquiescé et je suis resté au lit. Il n’y avait personne d’autre à la maison. Vu que mes parents s’étaient séparés un an plus tôt et qu’on habitait déjà dans la cité où j’allais grandir avec ma mère, je devais avoir au moins quatre ans. La date de leur séparation je ne l’ai apprise que plus tard. Tout ce que je sais c’est que la maison était vide. J’ai entendu mon père descendre et fermer la porte à clé, puis traverser le petit jardin et claquer le portail blanc.

C’est de cette maison dans la banlieue nord de Mexico, que ma mère était partie avec moi dans les bras. Je me suis réveillé, j’ai fait un tour dans la chambre, puis dans tout l’étage et je suis descendu au rez-de-chaussé. C’était une belle petite maison à l’angle d’une rue avec un bout de jardin à l’avant. Mon père ne la garderait pas longtemps car il recommencerait sa vie quelques années plus tard et, pour arriver à habiter une maison comme celle-là, il lui faudrait une dizaine d’années. Avec ma mère, on habitait dans une coloc’, on occupait la moitié du salon, séparé de l’autre moitié par un rideau, avec quatre autres filles étudiantes en école d’ingénieur qui occupaient les chambres. L’une d’elles partirait ensuite et on prendrait sa chambre, jusqu’à notre départ quelques années plus tard.

À cette époque, ma mère devait être en train de faire son mémoire. Mon père devait peut-être l’aider pour essayer de récupérer son amour ou quelque chose de la sorte. Ils se devaient encore de l’aide mutuelle parce qu’ils essayaient tout les deux d’échapper à la misère dans laquelle ils avaient grandi, et ils avaient un enfant à charge.

Ce qui est sûr, c’est que ma mère ne m’aurait jamais laissé tout seul. Elle m’aurait tout au plus laissé au seuil de la porte d’entrée de la bibliothèque, mais jamais tout seul, des choses qui marquent un rapport différent entre pères et mères, et qui tiennent à la nature, ce bout d’animalité qui résiste à être dompté et qui est inscrit en nous. Mon père a fait son père, il a lâché prise plus facilement parce qu’il ne m’a pas eu à l’intérieur de lui et, bien entendu, il ne m’a pas accouché. Il l’a fait par besoin aussi, pas de baby-sitter et pas beaucoup d’amis. Il vivait mal leur séparation, comme il me le raconterait un jour.

Je suis remonté dans la chambre. J’ai allumé la télé. C’était le premier novembre. La Toussaint. Halloween à la télé, loin des traditions locales qui n’ont pas peur des fantômes, mais au contraire, les invitent à dîner à la maison une fois par un, dans ce syncrétisme particulier qui aurait provoqué des crucifixions à l’époque de la Rome chrétienne, mais qui, à l’écran, n’étaient que des dessins animés qui m’effrayaient. Je n’avais qu’une télé pour me tenir compagnie et tout ce qui était projeté ce jour là était lié aux fantômes et aux morts. Quelqu’un était là, dans la maison, je le savais. C’est comme ça que je le ressentais. Une conviction soudaine et claire. Lire la suite

T’inquiète, mamá, je suis al!

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Seth, 2013

Te suplico que me avises
si me vienes a buscar,
no es porque te tenga miedo,
sólo me quiero arreglar.

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Sui Generis, Canción para mi muerte, 1972

Il était une fois un fils qui n’avait pas appelé sa mère depuis deux mois. Elle ne le lui reprochait pas, cela faisait longtemps qu’elle avait accepté qu’il vive à l’étranger. Cependant, l’instinct était parfois plus fort, et la Terre ronde pour faire tourner les énergies. Et voilà qu’il appelle ; à sept heures de là-bas, pour être sûr de l’avoir :

  • Allô, maman ?

  • Oui, a-t-elle répondu d’une voix étouffée, elle sortait du sommeil. C’est qui ?

  • C’est ton fils.

  • Qui ?

  • Ton fils.

  • Hijo mío ! Je ne t’ai pas reconnu. J’étais en train de t’appeler.

  • Comment ça ?

  • Tu m’as sortie d’un cauchemar.

  • Et c’était quoi le cauchemar ? Vas-y, raconte, puisque c’est frais et que tu as plus de détails.

  • Alors, j’étais en France, pour te rendre visite pour la première fois au bout de tous ces années. Ça faisait trois semaines qu’on y était et on ne s’était toujours pas vu. Il y avait des raisons dont je ne me rappelle pas, mais j’en avais marre. On était dans un supermarché en train de nous ravitailler pour la journée de tourisme et je me disais « ça suffit ! ». Je prenais le téléphone et je composais ton numéro. Dans le fond, je pensais que tu n’allais pas répondre. Ça sonnait, une, deux, trois fois et je commençais à croire que tu n’allais pas répondre ; pour de vrai, et que j’allais partir sans te voir, alors qu’on était à côté ! À côté …! J’étais pile dans ça quand tu m’as réveillé, heureusement que t’as répondu, parce que c’était un rêve affreux .