La sal no sala, el azúcar no endulza y algunas ratas

La sal no sala y el azúcar no endulza

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Charly García, 1994

 

La llegada de Misósofos a la Courneuve coincidió con varios eventos. Primero, con la crisis española que lo concernía directamente y que fue el motor mismo de su migración. Segundo, con el final de la relación con mi ex novia con quien viví durante seis años y con quien compartía aún el cuarto y la cama. Tercero, con la llegada del verano. Cuarto, con la visita de los padres de la susodicha que veían a pasear por primera vez a Europa y a ayudarle al mismo tiempo a llevarse todas las cosas que podía pagar y que le autorizaban en un avión. Y quinto, con la excavación para poner los cimientos de un nuevo edificio al otro lado de la calle donde antes hubo un campo de gitanos durante tres años.
En la Courneuve, Lire la suite

Tares dés

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Slinkachu, 2015

 

Chacun ses tares,

chacun se tait quand il le croit nécessaire,

à tout un chacun sa boussole

et ses hasards,

sa tristesse ringarde,

y compris pour soi ;

sa mégarde,

mal placée,

hors tempo,

et les bons jugements faciles

avant la tempête.

Chacun ses tares, Lire la suite

Qué buen ojo o ¿dónde putas he andado?

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MIA, 2008

Había terminado en Sevilla durante aquel verano porque, en mi perspectiva, a pesar de que me hubieran corrido del trabajo cuidando chamacos en una secudaria gracias a una jefa neurótica y a mis faltas debidas a mi situación migratoria ; a pesar de saber que el salario en el museo de ciencias no era suficiente y que no tenía trabajo al regresar del viaje, si me quedaba en París, me volvía loco.

Había agarrado los boletos un par de días antes. No eran los más baratos pero podía pagarlos en el momento. Una de las razones de ir a sur de España era visitar a mi amigo de otro tiempo y compañero de casa, Misósofos, que se había regresado a su pueblo cercano a Granada para ver a su familia y de paso reducir los gastos fijos relativos a su manutención cotidiana en París.

Sevilla estaba relativamente al lado y los autobúses no eran caros. Fue al pie de aquel hostal cercano a la Alameda de Hércules donde encontré un buen equilibrio entre el dinero con el que contaba y un cuart limpio. Fue ahí donde conocí a mi hermana perdida en el universo, Belén, en una de las camas de la habitación, un libro de Poe sobre su lecho precediendo a nuestro encuentro.

Por aquel entonces, Belén alternaba entre el hostal y la casa de su tía de donde se había fugado parcialmente, como muchos adolescentes lo hhemos hecho. Su padre se había quedado en Marruecos y su madre había decidido que no quería vivir más, diez años antes. Ella había decidido que quería ser actriz y lo primero que le pareció más lógico fue regresar a España. Ya estaba ahí, pero tenía ningún plan para lo que seguía.

Yo tampoco, para conseguir dinero al regresar del viaje. Quizás por eso nos hicimos amigos de inmediato, nos dio la impresión de conocernos de mucho antes, quizás necesitábamos raíces y nos las inventamos en unas horas, sin decirlo, sin expresar ninguna propuesta ni solicitud.

Aquella noche estaba en casa de su tía Lire la suite

Ma part du ghetto III: Quelqu’un est là, sauve-qui-peut

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Seth, 2014

L’important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage

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Mathieu Kassovitz, La Haine, 1995

Un matin, au réveil, mon père m’a dit : « tu vas rester là, je vais aller à la bibliothèque et je reviens. Je n’en ai pas pour longtemps .». J’ai acquiescé et je suis resté au lit. Il n’y avait personne d’autre à la maison. Vu que mes parents s’étaient séparés un an plus tôt et qu’on habitait déjà dans la cité où j’allais grandir avec ma mère, je devais avoir au moins quatre ans. La date de leur séparation je ne l’ai apprise que plus tard. Tout ce que je sais c’est que la maison était vide. J’ai entendu mon père descendre et fermer la porte à clé, puis traverser le petit jardin et claquer le portail blanc.

C’est de cette maison dans la banlieue nord de Mexico, que ma mère était partie avec moi dans les bras. Je me suis réveillé, j’ai fait un tour dans la chambre, puis dans tout l’étage et je suis descendu au rez-de-chaussé. C’était une belle petite maison à l’angle d’une rue avec un bout de jardin à l’avant. Mon père ne la garderait pas longtemps car il recommencerait sa vie quelques années plus tard et, pour arriver à habiter une maison comme celle-là, il lui faudrait une dizaine d’années. Avec ma mère, on habitait dans une coloc’, on occupait la moitié du salon, séparé de l’autre moitié par un rideau, avec quatre autres filles étudiantes en école d’ingénieur qui occupaient les chambres. L’une d’elles partirait ensuite et on prendrait sa chambre, jusqu’à notre départ quelques années plus tard.

À cette époque, ma mère devait être en train de faire son mémoire. Mon père devait peut-être l’aider pour essayer de récupérer son amour ou quelque chose de la sorte. Ils se devaient encore de l’aide mutuelle parce qu’ils essayaient tout les deux d’échapper à la misère dans laquelle ils avaient grandi, et ils avaient un enfant à charge.

Ce qui est sûr, c’est que ma mère ne m’aurait jamais laissé tout seul. Elle m’aurait tout au plus laissé au seuil de la porte d’entrée de la bibliothèque, mais jamais tout seul, des choses qui marquent un rapport différent entre pères et mères, et qui tiennent à la nature, ce bout d’animalité qui résiste à être dompté et qui est inscrit en nous. Mon père a fait son père, il a lâché prise plus facilement parce qu’il ne m’a pas eu à l’intérieur de lui et, bien entendu, il ne m’a pas accouché. Il l’a fait par besoin aussi, pas de baby-sitter et pas beaucoup d’amis. Il vivait mal leur séparation, comme il me le raconterait un jour.

Je suis remonté dans la chambre. J’ai allumé la télé. C’était le premier novembre. La Toussaint. Halloween à la télé, loin des traditions locales qui n’ont pas peur des fantômes, mais au contraire, les invitent à dîner à la maison une fois par un, dans ce syncrétisme particulier qui aurait provoqué des crucifixions à l’époque de la Rome chrétienne, mais qui, à l’écran, n’étaient que des dessins animés qui m’effrayaient. Je n’avais qu’une télé pour me tenir compagnie et tout ce qui était projeté ce jour là était lié aux fantômes et aux morts. Quelqu’un était là, dans la maison, je le savais. C’est comme ça que je le ressentais. Une conviction soudaine et claire. Lire la suite

Le labyrinthe fait peau neuve

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C215, 2012

Mais, dit alors le maire en coupant son récit comme si l’ardeur du discours l’avait entraîné trop loin ou tout au moins qu’il fût possible qu’elle l’eût fait, cette histoire ne vous ennuie-t-elle pas ?

– Non, dit K., elle m’amuse.

– Je ne vous la raconte pas pour votre amusement.

– Elle ne m’amuse qu’en ceci, dit K., qu’elle me donne un aperçu de la ridicule confusion qui peut en certaines circonstances décider de l’existence d’un homme.

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Franz Kafka, Le Château, 1926, chapitre V.

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J’avais en rentrant au Rectorat de Paris, siège de l’Éducation nationale, le même dégoût que pour la préfecture de Bobigny et son service de l’immigration. Mon estomac se fermait et le café brûlait à l’intérieur, j’avais des haut-le-cœur. Je savais que je devais prendre mon mal en patience et que ma venue n’était pas équivalente à l’obtention d’une solution au problème qui m’y conduisait.
Je regrettais souvent avoir lu Kafka et compris  l’absurde qui flottait dans l’ambiance et pour lequel tout le monde était d’accord, du gardien au recteur, en passant par toutes les hiérarchies. La compréhension ne faisait qu’augmenter la frustration, mais les lectures étaient faites.
Cela faisait sept ans que je fréquentais ce bâtiment grisâtre de l’avenue Gambetta. Ce n’est que vers la cinquième année que j’ai trouvé l’interlocutrice qui était chargée de suivre mon dossier. Elle  siégeait au cinquième étage, au bureau 505, sur l’une des droites des hexagones qui se rejoignaient aux ascenseurs. Cette droite était le siège de la Division du Personnel numéro 5.
Les cinq premières années, avant de rencontrer madame Florès, les retards dans ma paie étaient non seulement fréquents, mais systématiques, souvent se réduisant à deux paies par an. La première fois qu’elle m’a reçu était la fin d’une balade sur trois étages et deux jours de boulot perdus à cause des allées au Rectorat. Dans ces situations, où tu n’attends vraiment plus une réponse, mais tu dois continuer parce que tu as besoin d’argent pour compléter le mois, continuer, et te maîtriser alors que ta nourriture en dépend, parce que les fonctionnaires sont susceptibles et, comme on dit en espagnol pour les jeux, et c’était un jeu cet absurde, ces histoires de paie, « El que se enoja pierde » : celui qui se fâche, perd. Lire la suite